‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 123 sur 194 · SCÈNE XVI GABY, CHAVOL · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI GABY, CHAVOL

GABY Ça, par exemple!

CHAVOL, n'étalant sur le divan On n'a pas idée de ça. Quel sauvage!

Ah! c'est une matinée dont je garderai le souvenir! Engueuîade et rupture avec toi pour le réveil; engueulad© et rupture avec Le Hibel une demi-heure après; engueuîade et rupture avec Farin pour finir. Je me demande vraiment maintenant ce qui pourrait m'arriver.

CHAVOL Je ne vois pas.

GABY, respirant ses sels

Tout ce que je vois, c'est que tu te tiens en ce moment d'une façon tout à fait indécente. Tu n'as pas l'air de te douter que je suis en plein drame. Me voilà seule dans la vie!

CHAVOL Eh bien! et moi?

GABY

Oh! toi! Ce n'est tout de même pas avec ce que tu me donneras que je pourrai... Enfin, si tu avais du cœur, tu n'étalerais pas tant tes pieds dans xm moment pareil! Tiens, tu ne te vautrerais pas avec plus de sans-gêne si tu étais chez une grue!

CHAVOL, ironiquement Au lieu d'être chez une artiste!

GABY

Parfaitement, je tiens beaucoup à la nuance.

CHAVOL, sautant vivement du divan

Sauf à moi, à quoi ne tiens-tu pas? Sois heureuse, je vais être d'une correction effrayante. Veux-tu me dire, je te prie, car enfin, moi aussi, j'ai le droit d'être renseigné,

ce qui s'est passé avec Le Hibel? Et pourquoi cet homme exquis a cru devoir se séparer de toi en cinq minutes?

GABY

Est-ce qu'on sait jamais? Les hommes, c'est si bizarre !

CMAVOL

N'est-ce pas? Le Hibel avait ses nerfs! Cette jolie petite femme capricieuse a éprouvé pour toi, sans raison, une répulsion subite! A d'autres, ma petite! Si Le Hibel a fichu le camp, c'est parce qu'il a trouvé ici ton Farin, à une heure où tu n'avais même pas le droit de me recevoir, moi! A l'heure de ta petite trempette. Veux-tu me dire pourquoi tu l'avais reçu?

GABY

Ah! ça, c'est trop fort! Combien êtes-vous donc à vous permettre de me demander des explications? Après Le Hibel, Farin; après Farin, Monsieur! Non, mon petit, faudra repasser; aujourd'hui, ce n'est pas le jour; je suis suffisamment servie comme ça,

CIIAVOL, marchant de long en large

Bien, bien. Ce n'était vraiment pas la peine de me faire porter une lettre d'urgence ; nous avions rompu, c'était parfait. Est-ce que c'est moi qui t'ai priée de revenir làdessus?

GABY

Non, mais je ne t'avais pas demandé de reparaître ce matin. Je pouvais patienter jusqu'à l'après-midi; je t'avais donné rendez-vous à 4 heures I /2 dans notre petit nid.

CHAVOL Ahl oui, pour me mettre le nez dans mon petit pipi.

Mais, naturellement, toi, avec ce sens prestigieux de l'à-propos qui te caractérise, tu n'as rien eu de plus pressé que de t'amener dans le quart d'heure.

CHAVOL

Est-ce que je pouvais me douter que tu avais eu l'imprudence et l'impudeur de recevoir un baron Farin pendant que tu prenais ton bain?

GABY

Le jour où tu te douteras de quelque chose, on mettra des girandoles au balcon.

CHAVOL, furieux Ah! tu mettras des girandoles?

GABY

Tu parles, et des lanternes vénitiennes par-dessus le marché !

CHAVOL

Eh bien! fais-en acheter six douzaines tout de suite et illumine dès ce soir. Ce sera notre 14 juillet de rupture. Cette fois, ma petite, c'est fini, et je vais de ce pas chez Maud Bcrton.

GABY

Bravo I

CHAVOL

C'est elle qui créera la chanson de l'Autruche que je t'avais apportée...

GABY

Tant mieux !

CHAVOL

Elle est là dans cette poche. (// tape sur ion portefeuille.)

GABY Qu'ellç y reste!

CHAVOL

Autruche toi-même! Tu crois que je n'avais pas vu que c'est uniquement pour ça que tu me priais de revenir? Méiis c'était écrit en toutes lettres dans ta lettre! Ton poulet ne parlait que de l'autruche.

GABY Oui, mon poulet.

CHAVOL En route pour la concurrence!

GABY

A ton aise, joli blondi {Lui montrant la porte.) La voie est libre...

CHAVOL, sortant

A cet été, sur la glace!

GABY Entendu. Apporte les patins. {Chavol sort.)

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