SCÈNE VIII
DARCIER, puis BOURLAND
{Dès quil est seul. Darder se promène rageusement dans son cabinet, après s'être passé à plusieurs reprises la main sur le front. Tout à coup, il s'assied à son bureau, aperçoit la carte d'Héricy et fait le geste de la déchirer, s'arrête, réfléchit, et remonte à la fenêtre. Entre Bourland qui s'installe, déplie sa serviette, sort des papiers.)
Mon cher maître, je suis à votre disposition. Quand vous voudrez, nous pourrons nous mettre au travail.
DARCIER, bourru
Ah! c'est vous, Bourland, tout de même! Eh bien, vous en avez de bonnes, mon petit, six heures et demie,
BOURLAND Oui, je sais, je suis un peu en retard.
DARCIER
Un peu en retard! Ah! vous pouvez vous vanter d'avoir du flair, vous, quand vous vous y mettez! Vous choisissez bien vos jours!
BOURLAND
Vous voudrez bien m'excuser. J'ai pris le thé avec une personne... Vous me comprenez?
DARCIER
Une femme, naturellement! Ah çà! vous n'êtes pas honteux! Vous n'êtes pas encore revenu des femmes, à votre âge?
BOURLAND Mais si ! C'est justement pour ça que je me marie.
DARCIER Eh bien, dépêchez-vous, mon petit, il est temps.
BOURLAND
Je vous assure, mon cher maître, je ne vois pas ce qui justifie...
DARCIER
Parbleu! vous ne voyez jamais rien. Ça, c'est une justice à vous rendre. Alors, vous ne voyez pas que nous n'avançons pas, que nous restons en panne sous le prétexte improbable qu'il y a de par le monde une petite bonne femme dont le bout du nez a tapé dans l'oeil à l'ami Bourland?
BOURLAND
Ce n'est pas une petite bonne femme; je ne peux pas vous laisser dire ça, mon cher maître. C'est une jeune fille du meilleur monde.
DARCIER
Bien entendu! Tout de même, entre nous, un peu longues, mon petit, vos fiançailles, je vous assure. Vivement la nuit de noces et qu'il n'en soit plus question!
BOURLAND
Soyez tranquille, mon cher maître, je suis au moins aussi impatient que vous. C'est pour dans quinze jours.
DARCIER
Eh bien, tant mieux. Allons, au travail. Passez-moi le dossier des observations que m'a envoyées de Londres le professeur Willing. Eh bien?
BOURLAND, cherchant Ça, par exemple, c'est un peu fort!
DARCIER Qu'est-ce qu'il y a encore?
BOURLAND, après avoir cherché Il était là. Je ne le trouve pas.
DARCIER
Naturellement. C'était couru. Encore heureux si vous ne l'avez pas égaré! Ah! ce serait le bouquet!
Non, mon cher maître, rassurez-vous. Voyons... je l'ai classé hier... Ah! je me souviens, je l'ai emporté, je l'aurai laissé... oui, je me rappelle...
DARCIER, furieux
Chez votre fiancée! Eh bien, foutez-moi le camp et allez le chercher tout de suite. Dépêchez-vous, mais dépêchez-vous donc, nom de... {Au moment où Bourland va sortir.) Bourland, je viens de me laisser emporter... Je vous ai parlé comme... enfin, comme je n'aurais pas dû... C'est que je venais d'avoir un ennui, un gros ennui. Je sais, ce n'est pas une raison... enfin, je vous demande pardon, mon petit. Si! si! Et, maintenant, allez, faites vite, je vous attends.
{Bourland sort.)