SCENE III
Les Mêmes, GANDARD
{Ernest annonce : « M. Candard. »)
JULIETTE Salut, Gandard! Vous m'aimez toujours?
GANDARD, timidement De plus en plus.
JULIETTE Bien. Continuez.
GANDARD, inquiet
Je ne demande pas mieiix. Mais pourquoi cette question?
JULIETTE
Pour rien. Je vérifie mon allumage avant de partir en auto...
GANDARD
Vous partez? Où allons-nous?
JULIETTE
A Cabourg, bien entendu... Deux sucres?... je sais... Voilà.
GANDARD Merci. Et quand file-t-on?
SUZANNE Après-demain, à deux heure trente.
GANDARD, inscrivant
C'est noté. Je suis aux anges. {Il renverse un peu de son thé.) Oh! Je suis désolé!... l'émotion...
JULIETTE
Consolez-vous, Gandard. Ce n'est pas grave, et le coeur y est.
GANDARD Oh! oui!
JULIETTE
Et puis, le thé, ça nettoie les tapis.
LANGLIN C'est vrai.
GANDARD
Comirae vous êtes gentille de me dire ça!
JULIETTE, riant.
Oui, je suis bonne. Mais je le pense, vous savez.
Les Mêmes, SORBIER
(Ernest annonce : « M. Sorbier. »)
SORBIER, énergique et décidé Mesdames... Messieurs... votre humble... Ça va?... Excusez-moi, il faut que je boive tout de suite. J'ai une soif d'enfer!
JULIETTE Toute la vie!
SORBIER
Depuis que je vous connais. Vous m'altérez. J'ai, entre autres, une soif de vous...
JULIETTE Charmant! Voilà les galanteries de ce Sorbier ! Il parle à une femme comme un débardeur. A force d'avoir fréquenté le monde des lutteurs et des athlètes, il est devenu d'une grossièreté foraine : « A qui le cal'çon? », c'est. sa façon d'offrir son coeur!
SORBIER Blaguez! A côté de cette petite main de rien du tout, je vous demande un peu ce que valent mes biceps! Je me fais pitié!
JULIETTE
Vous avez bu? vous êtes d'aplomb? i '
SORBIER Comme le fil.
JULIETTE
Eh bien, messieurs, tenez-vous compagnie cinq minutes... Suzanne, viens dans ma chambre; j'ai à téléphoner pour mes robes; tu me donneras un conseil.
SUZANNE Très volontiers,
{Elles sortent.)