‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 5 sur 194 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

SORBIER. GANDARD. LANGLIN

GANDARD, timidement Vous en êtes?

SORBIER De quoi?

GANDARD Du voyage. On part pour Cabouig après-demain.

SORBIER Si j'en suis? Tu parles. On n'y verra que moi. Dites donc, Langlin, savez-vous si le mari nous encombrera souvent?

LANGLIN Je l'ignore.

SORBIER Vous le connaissez, cependant, vous, ce boursier?

LANGLIN Assez ; mais nous sommes plutôt un peu en froid depuis l'année dernière. Il rend ma femme en partie responsable

des excentricités de la sienne. Je vous demande un peu! La seule coupable, s'il y a une coupable, c'est la mère!

GANDARD Oui, Mme Ciriette aime sa fille jusqu'à la folie.

SORBIER C'est-à-dire jusqu'à ses bêtises,

GANDARD

Oh!

SORBIER, très en dehors

Ne protestez pas, timide Gandard; les bêtises viendront à leur heure et j'espère que ce sera la mienne, parce qu'il est juste et moral que cet imbécile de Lorbey soit puni. Non, mais a-t-on idée d'un mari^ qui refuse de connaître les amis de sa fenmie et qui l'autorise, cependant, à les recevoir quand il n'est pas là?

GANDARD

Le fait est...

SORBIER

Patience!... Oh! elle est née honnête, puisqu'elle résiste encore, mais...

GANDARD, inquiet Elle faiblit?

SORBIER, grossier

Ça ne vous regarde pas... (A LangVm.) Avouez qu'elle est charmante.

LANGLIN Vous en êtes très épris?

SORBIER Très. C'est une petite nature de sang. Ça me

plaît. EJIe est capricieuse, fantasque, légère, attirante, repoussante, irritante, excitante, exaspérante, donc infiniment désirable.

LANGLIN Si c'était vrai, ce serait à faire frémir!

SORBIER

C est vrai. Et on frémit, mais on a commencé par frissonner... Pas, Gandard?

GANDARD

Oh! pardon, je ne sais pas... Je vous en prie... ne me mêlez pas...

SORBIER ^ Quel type, ce Gandard! A-l-il assez peur! Mais ce n'est pas un crime, que diable! d'être amoureux d'une jolie femme... Mais nous le sommes tous de Mme Lor- Isey... Lorbey, d'abord, que je ne connais pas, mais que je ne peux pas sentir; Benjol, ce joli cœur de Benjol, que je connais, mais que je ne peux pas souffrir; vous, moi, et même cet ingénieur qui ne dit rien...

LANGLIN Oh! moi, sorti de ma femme...

SORBIER, 5e roulant Assez! assez! plus un mot! Sorti de ma femme! Trouvaille! Sorti de ma femme!... J'en ferai une maladie! Viens que je t'embrasse, Langlin! ton mot fera le tour des bars.

LANGLIN, très embêté

^ Mon cher Sorbier... je vous en prie... Je vais me fâcher. . .

SORBIER

LANGLIN

SORBIER

LANGLIN

SORBIER

F'âche-toi!

Jurez-moi...

Non!

Promettez-moi...

Non.

LANGLIN

Vous allez colporter ce lapsus?

SORBIER Tu parles!... Sorti de ma femme!

LANGLIN Au moins vous ne direz pas que c'est moi...

SORBIER Qui avez lapsé? Non. On fera ça pour vous. On vous épargnera, ingénieur.

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