‹ Théâtre complet (volume 2)Chapitre 7 sur 194 · SCÈNE VU JULIETTE, SORBIER · texte numérisé non relu

SCÈNE VU JULIETTE, SORBIER

JULIETTE Vous devriez prendre exemple sur Gandard. Voilà un garçon bien élevé.

SORBIER Trop!

JULIETTE Vous vous êtes tout de même presque permis de le mettre à la porte.

SORBIER Oh! pardon! je l'ai seulement un peu poussé de ce côté-là.

JULIETTE Chez moi! c'est du toupet!

C'est de la passion. Si je ne vous aimais pas, je ne ne donnerais pas tant de mal pour rester seul avec vous.

JULIETTE Pour ce que ça vous avance!

SORBIER

On ne sait jamais. Faire la cour à une femme honnête, c'est mettre éternellement sur le numéro plein... On a très peu de chances de gagner; mais si on gagne, on gagne gros.

{Il veut lui prendre les^mains.)

JULIETTE Eh bien! qu'est-ce que c'est?

SORBIER C'est moi.

JULIETTE Je m'en doute.

SORBIER

Vous me plïusez énormément.

JULIETTE

Ce n'est pas une raison F>our faire des énormités. (Le repoussant.) Non, mais, dites donc, quand j'aurai fini de vous plaire!

SORBIER

. Excusez-moi! Mais aussi, il y a près d'im an que ça dure. Je finis par perdre la tête.

JULIETTE

Vous appelez ça perdre la tête, vous, égarer ses mains !

SORBIER

Que voulez- vous? j'ai parlé de tennis tout à l'heure; ça m'affole! Je vais donc vous revoir, comme l'an dernier, en jupes courtes et en jambes délicieuses.

JULIETTE Mon Dieu, oui!

SORBIER

Ah! le jour où je les ai découvertes, ces jambes-là, mon sang n'a fait qu'un tour. Si vous aviez été libre, c'aurait été celui du propriétaire.

JULIETTE Oui! mais je ne l'étais pas, heureusement.

SORBIER Pourquoi cet « heureusement »?

JULIETTE Parce que vous n'êtes pas du tout mon type.

SORBIER

Oui, je sais... le petit Benjol, l'attaché au Ministère des Affaires Etrangères, est plus près de votre cœur.

JULIETTE Je le reconnais.

SORBIER

Mais, sapristi, que me reprochez-vous donc?

JULIETTE

Mille choses! Vous êtes coureur, mon tout petit

Fixez-moi.

JULIETTE

SORBIER

JULIETTE

SORBIER

Joueur !

Gagnez-moi.

Prodigue !

Recueillez-moi.

JULIETTE

Vous vous ruinez bêtement.

SORBIER

Je ne demande qu'à me ruiner avec esprit, c'est-à-dire pour vous.

JULIETTE

Merci. Je n'en use pas.

SORBIER

Alors, si vous vous décidiez un jour à vous venger du mari qui vous î>ersécute, je dois considérer mes chances comme infimes?

Pas du tout. Au contraire.

SORBIER, stupéfait Qu'est-ce que vous dites?

JULIETTE

Dans une occasion pareille, vous êtes la première personne à qui je penserais.

SORBIER Oh! c'est gentil!

JULIETTE

Pas tant que ça. Je penserais à vous parce que vous

ne me plaisez pas; parce que, avec vous, ça ne me serait pas agréable... Tenez, si j'ai jamais envie de faire une bêtise, je me jetterai dans vos bras; ça me donnera le temps de réfléchir.

SORBIER

A la bonne heure! Qu'importe le flacon, jwurvu qu'on n'ait pas l'ivresse! Avec moi, on n'a pas l'ivresse.

JULIETTE Oh! non!

SORBIER

Alors, débouchez-moi le plus tôt que vous pourrez.

JULIETTE Eh ! eh ! ça ne tardera peut-être pas beaucoup.

SORBIER Ah! ah! Paul fait des, siennes?

Oui!

Brave Paul! Le torchon brûle?

JULIEITE Pas encore, mais il roussit.

SORBIER

Brave Paul! Alors vous ne me ti^drez peut-être plus

longtemps la dragée haute?

JULIETTE Peut-être !

SORBIER

En tout cas, elle baisse déjà, la dragée.

JULIETTE Elle baisse.

SORBIER, se frottant les mains

Brave Paul, va!

{Ernest annonce : « Monsieur Benjol, Monsieur Daspre. »)

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