SCENE III
Les MÊMES. FLAVIGNY
BOURNERON, oioement Eh bien?
FLAVIGNY, joyeusement
Nous sommes bons.
BOURNERON, aCec exaltation
Hein! vrai?
ÉMILIENNE Ah! tu vois!
FLAVIGrJY
La fugitive est retrouvée.
BOURNERON
Grands dieux! {Portant la main à son cœur.) Ah! le voilà qui recommence! Il en fait une musique! Veux-tu te taire, animal, sinon, je ne vais rien entendre. Voyons, mon bon Flenri, des détails, vite, beaucoup de détails!
FLAVIGNY, s'asse})ant
Voilà. L'agence m'avait signalé à Valvins, dans une petite villa, la présence d'un couple répondant exactement au signalement de Mme Bérieux et de... son ami. J'y suis allé en auto. J'ai commencé par m'arrêter à l'auberge, où j'ai déjeuné; j'en ai profité pour faire parler l'iiôlelier. Il m'a donné des renseignements qui ne m'ont laissé aucun doute. C'était bien elle.
BOURNERON, impatient Enfin! Après?
FLAVIGNY
Après? Je n'ai pas hésité. Je me suis rendu à sa villa et j'ai demandé à parler à Mme Bérieux, en me servant, comme vous m'y aviez engagé, du nom de son amie, Mme Gabin. Elle m'a reçu tout de suite.
BOURNERON
Seule?
FLAVIGNY
Seule. Là, j'ai été très diplomate. Je lui ai dit que Mme Gabin m'avait prié de la ramener à Paris en auto, désirant la voir d'urgence pour une chose que j'ignorais. Je l'assurai que je la reconduirais à Valvins avant le dîner. Elle me pria de l'attendre un moment, sortit, obtint évidemment la permission de s'absenter quelques heures, car elle reparut habillée et prête à me suivre.
BOURNERON, impatient Henri, vous êtes un homme admirable. Après? Après?
FLAVIGNY
C'était un enlèvement, ni plus ni moins. Nous voilà repartis. Chemin faisant, je lui demande pardon de la petite supercherie à laquelle j'avais recours et la mets au courant. Je lui raconte ce qui s'était passé depuis son départ, votre désespoir à la nouvelle de sa fuite, votre retour d'Alsace, votre affolement à la pensée de ne plus la revoir, etc.
BOURNERON, ai;ec inquiétude Alors?
FLAVIGNY
Alors, elle me supplie d'arrêter, de la déposer sur la route, disant qu'elle s'était très mal conduite avec vous, qu'elle était désolée de vous avoir fait tant de peine. mais qu'il valait mieux, pour elle et pour vous, que vous ne vous revoyiez jamais plus. Cep>endant. je filais à toute vitesse, lui répondant que, si vous deviez cesser de vous voir, il était impossible qu'elle vous refusât au moins une dernière entrevue et je fus assez éloquent ou assez heureux pour la convaincre.
BOURNERON
Ah! mon cher Henri! Je n'oublierai jamais, jamais!... Alors, elle est là?
FLAVIGNY
Mais oui!
BOURNERON Eh bien, allez la chercher tout de suite. Qu'elle vieime! qu'elle vienne! Je vous en supplie!
FI.AVIGNY
Elle matlend en bas. Je vais la prévenir. Je vous l'envoie.
(// sort.)
BOURNERON, ÉMILIENNE
BOURNERON
Je ne sais plus où j'ai la tête. Je suis fou de joie. Je suis comme un homme ivre.
ÉMILIENNE
Ecoute, dans l'état où tu es, tu ne lui diras peut-être pas les choses que tu voudrais. Tu ne me parais pas assez maître de toi. Retire-toi un moment, veux-tu, et laisse-moi la recevoir à ta place. Cela me paraît plus
sage. '-..v j-j
BOURNERON
Tu crois? Mais je suis si impatient...
ÉMILIENNE
Je t'en prie. Il faut que nous nous connaissions toutes les deux. Je te jure, je saurai parler pour toi mieux que tu ne le ferais toi-même. Laisse-nous seules un moment.
BOURNERON Tu l'exiges?
ÉMILIENNE
Je t'en serai très reconnaissante. J'ai de graves torts envers vous; je veux les réparer. Va, tu peux cette fois me confier ton bonheur sans crainte.
BOURNERON
Oh! je suis tranquille, mais dép>êche-toi. J'entends du bruit, je me sauve. Je suis même très content de pouvoir me sauver. C'est drôle! Maintenant, j'ai peur.
(// sort à gauche.)