‹ Théatre completChapitre 126 sur 1461 · DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE I, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE I, SCÈNE IL

Si celui qu'on vous donne est bizarre, jaloux?

ISABBLLE.

Et jaloux et bizarre, il sera mon époux.

Eofio pour un mari le ciel vous a fait naître; Et moi, pour être libre, et pour vivre sans maître, Jen'ai plus rien à dire, et vous plains seulement.

ISABELLE

n en faut présumer plus favorablement.

JACIXTE.

Je voudrais le pouvoir ; mais encor, je vous prie, Ne m*apprendrez-vous point à qui l'on vous marie?

ISABELLE

Mon père a fait ce choix, et tu sais comme moi Oa'eo passant par Tolède il a promis ma foi ; Qu'à son retour tantôt j'en ai su la nouvelle ; Et que de mon destin la tyrannie est telle, Que,san8 vouloir m'entendre,on m'ordonne demain Dedooner tout ensemble et mon cœur et ma main. Cet époux prétendu ne veut point de remise.

JACINTE

n fait déjà le maître?

ISABELLE

Un père Tautorise.

JACINTE

Il est riche?

ISABELLE

Le cœur secrètemeut me dit Qu*il a beaucoup de bien, mais qu'il a peu d'esprit. Puifr-je juger en lui qu'une âme trop vulgaire, Puisquil emploie ainsi l'autorité d'un père? S'il D'avait cent défauts, il n*aurait pas voulu Faire agir contre moi son pouvoir absolu ; Il me témoignerait qu'il sait comme Ton aime, Ne voudrait obtenir mon cœur que de moi-môme; Et de cette conquête il confierait Tespoir A son propre mérite, et non à mon devoir.

JACINTE

De son nom pour le moins vous êtes informée?

ISABELLE

La curiosité marque une âme enflammée; Je D'en ai demandé ni le rang, ni le nom.

JACINTE

Et cependant, madame, à parler tout de bon, Votre ancien amant, ou bien plutôt votre ombre, Doatez-vousquedes morts il n'augmente le nombre. Sitôt qu'il vous saura dans les bras d'un rival?

ISABELLE

Don Félix?

JACINTE

Cet hymen lui deviendra fatal.

ISABELLE

J'aurai ce bien du moins dans ma triste infortune, Qu'elle me défera d'une amour importune. Je ne sais quel démon de mon repos jaloux. Où je dois me trouver, lui donne rendez- vous? Mais partout où je suis, au temple, dans la rue. C'est le premier objet qui vient frapper ma vue. En effet, c*eatune ombre attachée à mes pas.

JACINTE

Ah ! que pour vous encor l'amour a peu d'appas!

Hélas! Jacinte.

JACINTE

Hé quoi? Voire cœur en soupire!

ISABELLE

Tu juges mal.

JACINTE

De quoi ?

ISABELLE

Je n'ose te le dire.

Et pourtant...

JACINTE

Tout de bon, vous aimez?

ISABELLE

11 est vrai.

JACINTE

0 la secrète! Et qui, de grâce?

ISABELLE

Je ne sais.

JACINTE

Vous ne me feriez pas confidence du reste?

ISABELLE

Ne te souvient-il plus de l'accident funeste Que je cache avec soin à tout autre qu'à toi. Et qui depuis un mois m*a donné tant d'effroi?

JACINTE

Quoi? Ce brave inconnu qui vous sauva la vie. Par la peur d'un taureau déjà presque ravie. Lorsqu'à l'insu d'un père, et sans me l'avoir dit, Une parente et vous sortîtes de Madrid; [dre Et qu'un mauvais destin vous pensa bien cherven- Ce peu de liberté que vous osâtes prendre : Serait-ce bien celui qui vous fait soupirer?

ISABELLE

Lui-même.

JACINTE

Et vous pouvez aimer sans espérer?

ISABELLE

Sa vie en ma faveur promptement hasardée,

M'en a fait concevoir une si haute idée,

Que malgré moi sans cesse elle offre à mon esprit...

JACINTE

Ah! sans doute, madame, il faut quitter Madrid. Voici quelque message.

ISABELLE

Adieu toute ma joie.

Page 1