LA COMTESSE, LE MARQUIS
LA COMTESSE, avec un autre habit, et se dématquatU
dès que madame Noblet e$t sortie.
Je VOUS ai fait attendre longtemps.
LE MARQUIS
Madame Jobin donne audience là-haut à trois ou quatre personnes, et nous ne lui aurions pas encore parlé, quand vous seriez venue aussitôt que moi. Mais je vous prie, madame, que vous a dit votre amie que nous avons rencontrée en venant ici, et qui vous a fait descendre de mon carrosse pour vous entretenir dans le sien?
LA COMTESSE
Ce que je sais qu'on vous a dit qui vient d'arriver chez la Jobin, touchant l'aventure du miroir et de la dame enflée, dont vous vous êtes bien donné de garde de me parler.
LE MARQUIS
J'enrage de vous entendre conter ce qui ne peut être. Tout ce que vous voyez de gens vous disent merveille de la Jobin, et je ne trouve personne qu'elle n'ait trompé.
LA COMTESSE
Vous êtes son ennemi, et vous n'apprenez d'elle
LA DEVINERESSE, ACTE III, SCÈNE IV
que ce qu1l vous platt. Pour moi, qui la connais par moi-même, je la crois comme si tout ce qu'elle me prédit était arrivé.
LE MARQUIS
Mais, madame, raisonnons un peu. Ce qu'elle dit qui m*arrivera à moi, ne doit m'arriverque par la malignité de l'astre qui a présidé à l'instant de ma naissance. Mille et mille autres sont nés dans le même instant, et sous le même astre. Est-ce que tous ces gens-là doivent ne se marier jamais, ou sont-ils obligés de tuer un homme?
LA COMTESSE
Vous le prenez laal. D y a une fatalité de bonheur ou de malheur attachée à chaque particulier, et cette fatalité ne dépend point du moment de la naissance. Mille gens périssent ensemble dans un vaisseau. Mille autres sont tués dans un combat. Ils sont tous nés sous différentes planètes et en divers temps, et il ne laisse pas de leur arriver la même chose.
LE MARQUIS
Je vois bien , madame, que les raisons ne vous manqueront jamais pour défendre votre incomparable madame Jobin. Ah! Si vous m'aimiez...
LA COMTESSE
Je vous aime, et c'est par là que je résiste à vous épouser.
LE MARQUIS
Quel amour!
LA COMTESSE
La complaisance que j'ai de venir encore ici avec vous, en marque assez. Je vais me masquer. Je parlerai languedocien, elappuierai le roman que vous avez inventé. Si madame Jobin s'y laisse surprendre, je me rends, et votre amour sera satisfait; mais je suis fort assurée qu'elle connaîtra que nous la trompons.
LE MARQUIS
J'en doute, à moins qu'elle ne me reconnaisse pour m'avoir vu tantôt en laquais.
LA COMTESSE
Elle n'a presque pas détourné les yeux sur vous, et puis, cet ajustement et cette perruque vous donnent un autre visage que vous n'aviez.