D. BERTRAND, D. GARCIE
D. BERTRAND
Vous n'avez rien ouï de tout ce grand vacarme?
D. GARCIE
i« n'en ai rien ouï.
D. BERTRAND
Ni crier à l'alarme?
D. GARCIE
Non.
D. BERTRAND
Si le feu de nuit prenait à la maison, Vous vous laisseriez donc rôtir comme un oison? Toutefois, pour avoir l'àme si sommeillante, Vous avez engendré ûlle bien peu dormante.
D. GARCIE
Quoi, que s'est-il passé! Ma fille...
D. BERTRAND
Allons tout doux.
Nous avons tout loisir, et le jour est à nous. Dites-moi, seriez-vous bien aise de m'entendre?
D. GARCIE
Je suis tout préparé. Que m'allez-vous apprendre?
D. BERTRAND
Je m'en vais vous conter un assez vilain cas : Mais oyez-vous bien clair,quand vous ne dormez pas? Parlerai-je bien haut?
o. GARCIE.
La question est grande!
Suis-je sourd, pour me faire une telle demande?
D. BERTRAND
M'interromprez-vous point?
D. GARCIE
A quoi bon?
D. BERTRAND
Mon dessein Est de parler longtemps.
D. GARCIE
Parlez jusqu'à demain.
D. BERTRAND
Posément?
D. GARCIE
Posément.
D. BERTRAND
- Et VOUS saurez vous taire?
D. GARCIE
Tant que vous parlerez.
D. BERTRAND
Écoutez donc, beau-père.
Je prétends être noble, et non pas, Dieu, merci. De ceux qui seulement le sont cosi, cosi. Je chasse de plus loin, et ferais bien voir comme L'aïeul de mon aïeul était très gentilhomme : Quoiqu'issu de parents si nobles et si preux, Et moi, par conséquent, encor plus noble qu'eux. Ma façon de traiter est pourtant assez ronde. Je suis humble, je fais état de tout le monde. Et bien loin dlmiter mille jeunes muguets. Je m'entretiendrais même avecque des laquais : Aussi des bons, dit-on, don Bertrand est la crème. Il n'est dans le pays personne qui ne l'aime. Qui n'en dise du bien, et cela se connaît. Chacun me rit au nez aussitôt qu'il me voit. A monter à cheval je triomphe, j'excelle. Je tombe d'un plein saut à ravir sur la selle. Mais d'un saut si léger que j'éblouis les yeux, Et de la selle en bas je tombe encore mieux : Cent fois m'est avenu sans me rompre os ni veine. Ce qui de mon adresse est marque très certaine. Car beaucoup n'ont tombé qu'une fois seulement, Qui se sont échinés fort maladroitement. Pour vaillant, je le suis, je crève de courage, Je chante comme un cygne, à danser je fais rage, Jusqu'à donner leçon à certain petit chien