‹ Théatre completChapitre 159 sur 1461 · DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

DON BERTRAND DE CIGARRAL, ACTE IV, SCÈNE I

Qui danse comme un drôle, etqui ne m*endoilrien. D'ailleurs je me connais assez bien en peinture. De cette propre main j'ai fait ma portraiture, Et n*ai pas moins de grâce à toucher le pinceau. Que d'esprit à tirer des vers de mon cerveau; Car vous n'ignorez pas, sans que je vous le die, Que je sais en six jours faire une comédie, Et que si le théâtre était estropié.

J'ai déjà trop de quoi le remettre sur pied. Quant au fait du ménage, où je m'applique l'âme, Je sais comme il faut vivre, et n'en redoute femme : J'ai pourtant le cœur bon, et ne pleure jamais Ou la dépense faite, ou celle que je fais. Qu'un parent me soit mort, sans qu'on m'en sollicite, Je me mets en grand deuil, pourvu que j'en hérite, Je m'en console ainsi mieux qu'à moi n'appartient. Je prends toujours courage, et le temps comme il

[vient.

L'esprit fort et constant, sans me mettre en cervelle Ce que peut dire un tel, ou penser une telle. Je fais nargue au babil, et qui plus est, ma foi, Je me moque de ceux qui se moquent de moi. Pour ma taille, on ne peut la trouver engoncée, J'ai le pied bien tourné, la jambe bien troussée. Le port majestueux, le visage assez doux. Et la mine guerrière autant ou plus que vous. Sans doute vous direz ici que je me loue; En cela vous direz vérité, je l'avoue.

Je me loue en effet, mais il est à propos. Et pour conclure enfin Taffaire en peu de mots. Las de vivre toujours sans femme noire ou blonde, Par qui je pus laisser des dons Bertrands au monde. Noble, vaillant, adroit, danseur, dispos, léger, Poète, musicien, peintre, bon ménager, El surtout, qui n'est pas chose fort dégoûtante, Ayant plus de sept fois mille ducats de rente. Je viens pour faire honneur à madame Isabeau, Et par un bon contrat me charger de sa peau. Sans en rien espérer que lorsque la mort fière Par grand bonheur pour moi vous clora la paupière; Jugez jusqu'où pour vous je me suis relâché. Et si ce n'est pas là me vendre à bon marché? Et malgré tout cela, j'entre en chaud mal de fièvre. Et trouvequ'onme donne unchat au lieu d'un lièvre.

D. GARGIB.

Avez-vous l'esprit sain?

Laissez là mon esprit, Nous en disputerons lorsque j'aurai tout dit.

D. GARCIE

Je devrais bien plutôt...

D. BERTRAND

Vous avez humeur prompte.

Soyez de par le diable attentif à mon conte. Écoutez jusqu'au bout, vous parlerez après. J'avais mandé, je pense, en termes fort exprès Qu'Isabelle s'en vint bien et dûment masquée : Bien loin de m'obéir, elle s'en est moquée, Et partant de Madrid n'a mis sur son minois.

Pour me faire enrager, qu'un masque de trois doigts. Ce qui m'émeut la bile encore davantage, C'est que vous ayez fait sans besoin le voyage. Peut-être sous Tespoir d'attraper un repas; Cependant en deux mots je ne le voulais pas. Et je vous épargnais la peine de le faire Par un récépissé passé devant notaire.

Outre que votre fille aime trop le caquet. Tout ce qu'elle m'a dit sent son esprit coquet, Sa tête a des vapeurs qu'on a peine à rabattre. Pour un piedqu*on lui donne elleose en prendrequa- Elle est presque toujoui*s sur le raisonnement, [tre; Et raisonnant, raisonne irraisonnablement; Force cajolerie et mots galants en bouche, [che; L'œil souvent en campagne, et l'accueil peu farou- J'aime de celte humeur la femme d'un voisin, Mais je veux que la mienne aille le grand chemin. De plus, un don Félix adroit de la prunelle. En dépit que j'en aie a toujours l'œil sur elle; Même j'ai cette nuit été fort alarmé [mé.

Trouvant mon beau cousin dans sa chambre enferii Et j'y suis, m'a-t-il dit, comme un parent fidèle Qui vient pour votre honneur faire la sentinelle, Et voir si don Félix oserait s'y couler. »

D. GARCIE

Quoi, don Félix de nuit aurait pu lui parler?

D. BERTRAND

Non pas, mais toutefois c'est chose assez infâme Qu'unmari corps pour corps n'ose piéger sa femme. Qu'il ait quelque scrupule, et demeure en soupçon Si de nuit un galant l'entretenait ou non. Enfin j'aimerais mieux la moindre paysanne : Il faut à votre fille homme qui porte canne, Allez en quêter un, j'en suis fort satisfait, Nourriture de cœur n'est point du tout mon fait. Vous le savez fort bien en votre conscience. Payons donc, s'il vous platt, par moitié la dépense, Tirons chacun du nêtre au sortir de ce lieu, Toute promesse nulle, et bons amis, adieu, Je n'ai plus d'appétit touchant le mariage.

D. GARCIE

On m'avait bien dit vrai que vous n'étiez pas sage. Que souvent vous aviez le cerveau démonté. Mais je ne croyais pas que vous l'eussiez gâté. Savez-voiis qui je suis?

D. BERTRAND

Vous êtes don Garcie, Que je souhaiterais n'avoir vu de ma vie.

D. GARCIE

Il faut chanter pourtant, et sur un autre ton.

O. BERTRAND

Criez, jurez, pestez, si vous le trouvez bon; [trille. Pour moi, si j'en démords, je veux bien qu'on m'é- Rendez-moi ma quittance, et prenez votre fille.

D. GARCIE, tirant t*épée.

Ma foi, vous parlerez ainsi que je l'entends.

A d'autres, rengainez, j'ai plus de soixante ans; Je ne suis plus d'un âge à tenter l'enfilade,

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