SCÈNE lY D. LOPE, JACINTE, BLANCHE
JACINTE
Quoi I don Lope, est-ce vous dont l'abord indiscret D'un amour si caché vient rompre le secret? Entrer ainsi chez moi sans crainte de mon père, Sont-ce là ces serments d'aimer, et de vous taire? Sont-ce là ces respects? Est-ce là cette foi? Enfin, don Lope, enfin, est-ce vous que je voi?
D. LOPK.
Oui, madame ; et chez vous si j'ose ainsi paraître. Ne me soupçonnez point d'être parjure, ou traître; Toujours ce grand mérite est l'objet de mes feux. Toujours mêmes respects accompagnent mes vœux; Et s'il m'était permis, lorsque j'ai tout à craindre... JACINTE. [traindre.
Parlez, parlez, don Lope, et sans plus vous con- Aussi bien ces respects sont pour moi superflus ; Et qui n'a plus d'honneur ne les mérite plus.
O. LOPE
Je vous entends, madame, et le sort qui m'accable- Cherche dans vos malheurs à me rendre coupable.
Un vif ressentiment vous fait déjà penser Que qui sait votre honte aurait dû l'eiïacer; Et ce n'est pas pour plaire à votre âme affligée, Que m'offrir à vos yeux sans vous avoir vengée. Mais sur un bruit confus qui m'apprend vos en Jugez ce que j'ai pu, jugez ce que je puis: [nuis, Si ce bruit répandu, si ce confus murmure M'eût appris l'ennemi, comme il a fait l'injure, Son trépas ou le mien vous eût déjà fait voir Que don Lope vous aime, et qu'il sait son deToir; Mais ne pouvant d'ailleurs en tirer de lumière, C'est, madame, de vous que j'attends grâceenliére. En acceptant mon bras pour finir vos malheurs, Apprenez-moi quel sang doit essuyer vos pleurs.
JACINTE
Et ne voyez-vous pas qu'en une telle oflense Vousferiezpeu pourmoi d'en prendre la vengeance, Et qu'oser s'y servir d'un secours étranger, C'est en punir l'auteur, et non pas se venger? Ce sang de l'offenseur qu'un tel affront demande, Il faut que l'offensé lui-même Je répande; Que le sien tout ému d'un spectacle si doux, En le voyant couler, bouillonne de courroux, Et qu'un tel mouvement dans sa source agitée, Purge l'indignité qu'il aura contractée.
D. LOPE
Mais quand l'âge s'oppose...
JACINTE
Ah! cessez d'y songer; Pour venger une injure, il faut la partager; Et l'on voit rarement qu'un vieillard qu'on affronte, Sur un autre qu'un fils puisse épargner sa honlc.
D. LOPE
Comme un fils la partage, un fils peut l'effacer!
JACINTE
Sans doute qu'il le peut; mais que sert d'y pensera Don Alvar n'étant plus...
D. LOPE
Ah ! permettez, de grâce, Que de ce frère mort j'aille tenir la place. Et que m'offrant pour fils à don Sanche outragé, Je tâche à rendre ainsi son malheur partagé. Il demande du sang, et brûlant d'en répandre, J'en acquerrai le droit si je deviens son gendre, Et le mien par l'hymen dans le sien confondu, Devra celui d'un lâche à son honneur perdu. Voilà ce que pour vous l'amour me porte à fairel Et si jusques ici ma flamme a dû se taire. Je crains peu qu'un refus fasse rougir monfroot Quand je lui veux pour dot demander son affroaf
JACINTE
Si de ces sentiments votre âme est prévenue, Apprenez qu'en m'aimant vous m'avez mal connut Et que je porte un cœur assez fier, assez haut, Pour se dérober même à l'ombre d'un défaut. Je vous aime, ilest vrai, maisl'auriez-youspucroifl Sans croire en mêmetempsque j'aime votre gloirfl Et que de son éclat je suis jalouse au point De vivre sans bonheur pour n'en triompher poinl
LES ILLUSTRES ENNEMIS, ACTE I, SCÈiNE V.
"Se vous flattez dooc pJus d'une vaine espérance Qui blesse Totre honneur, dont ma vertu s*ofTensc. Si j'eusse hier estimé le bonheur d'être à vous, ie Yoas dois aujourd'hui refuser pour époux, Et ne pas m'exposer à ce reproche infâme, Que le manque d'honneur me rendit votre femme. !ion, aucun n*aura droit de publier un jour Qoedoo Lope à ce prix acheta mon amour; Qae bien qu'elle fut due à son mérite insigne, Je M pas être à lui que quand j'en fus indigne, Elqa'eniin il fallut^ pour mériter sa foi, Qui] trouvât quelque chose à suppléer en moi.
D. LOPB.
Qqoî, tous refuseriez un cœur qui vous adore?
JACINTE
Q«oi,je pourrais souffrir ce qui me déshonore?
D. LOPB.
\ /assare votre honneur, et c'est là vous aimer.
» JACINTB.
'i Je conserve le vôtre, et c'est vous estimer.
.' D. LOPE
AélasIQue cette estime est coniraireà ma flamme!
JACINTE
\ccusez-ea le ciel, sans m'en donner le blâme.
D. LOPE
Oœ vous secondez bien sa funeste rigueur!
Assez mal, et sans doute aux dépens de mon cœur! Mais ma raison s'égare, et ce cœur trop sincère...
BLANCHE
Madame.
JACINTE
Qu'est-ce, Blanche?
BLANCHE
Alonse et votre père...
JACINTE
Entrons ici, de grâce, et surtout gardez bien «^ de cette entrevue on ne soupçonne rien.