‹ Théatre completChapitre 314 sur 1461 · SCÈNE VI D. SANCHE, ALONSE, JACINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI D. SANCHE, ALONSE, JACINTE

JACINTE

Moi-môme, puisqu'enfin vous en pouvez douter, Si du ciel, en naissant, je reçus quelque outrage, Au-dessus de mon sexe il m'enfla le courage; Et ce doit être un charme à mes tristes ennuis De vous venger du moins autant que je le puis.

D. SANCHE

Quoi, sans connaître à qui cet hymen te destine?

JACINTE

Ahl Jugez mieux d'une âme où la vertu domine. M'informer de son nom, ce serait balancer Sur ce grand sacrifice où je dois me forcer. Ce serait à mon cœur, par cette connaissance, Mendier lâchement un peu de complaisance. Et souffrir qu'on doutât, si m*aimant plus que vous, Je satisfais un père, ou choisis un époux. Mon, non,etquel qu*ilsoit, je n'en suis point enpei- Je ne puis voir en lui que l'objet de ma haine ; [ne, Et de tous les tourments le plus affreux pour moi, C'est sans doute celui de recevoir sa foi. Mais vous devant le jour, et le sang ^ui m'anime. Je dois à votre honneur une grande victime^ Et crois ne pouvoir mieux en rétablir le cours. Qu'en lui sacrifiant le bonheur de mes jours.

D. SANCHE

C'est trop, et je m'oppose à ce devoir sévère Qui n'arrête tes yeux que sur le front d'un père; Vois ce gouffre de maux où tu veux t'exposer, Soupire en le voyant, et crains de trop oser.

JACINTE

Je vois tout ce que j'ose, et ma vertu se fâche Qu'en moi vous soupçonniez rien de bas ni de lâche. L'ardeur de vous venger remplit trop mes désirs, Pour abaisser mon âme à de honteux soupirs. Si mon sexe aujourd'hui m'avait permis les armes. Vous auriez vu du sangoù vous craignez les larmes; Mais je ferai du moins tout ce qu'il peut souffrir ; Et ne pouvant luer, je saurai bien mourir.

D. SANCHE

Ta vertu me ravît, viens, viens que je t'embrasse.

JACINTE

Croyez-vous que par là notre honte s'efface? Ne perdez point de temps.

D. SANCHB.

Allons voir nos amis, Et sachons quel accord nous peut être permis.

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