SCÈNE II D. LOPE, JACINTE, CASSANDRB
D. LOPE
Après le dur revers qui détruit mon espoir, [voir, Pouvais-je encor prétendre au bonheur de vous Madame? Vos bontés, par un effort insigne, Semblent croître pour moi, plus on m'en croit in- Et j'aimerai le sort le plus injurieux, [digne; Puisqu'il peut m'acquérir un bien si précieux.
JACINTE
Je hasarde beaucoup, mais je n'ai pu moins faire Pour me justifier du procédé d'un père. Qui se consultant seul, séduit par son erreur, N'écoute contre vous qu'une aveugle fureur; Mais le ciel qui toujours veille pour l'innocence. Pour la faire avorter prit hier votre défense. Et montre sa justice à qui sait par quel bras D sut vous garantir d'un attentat si bas.
D. LOPE
Je sais qu'aucun jamais ne lui fut redevable D'un secours ni plus prompt ni plus considérable; Mais si j'en liens le jour qu'on me voulait ravir, J'ignore de quel bras il daigna se servir. Ce vaillant inconnu quelque effort que je fisse, Me refusa son nom après ce grand service ; Et ce n'est qu'aujourd'hui que je le dois savoir.
JACINTE
Pouvez-vous l'ignorer si vous le pûtes voir? La nuit n'était pas sombre.
D. LOPE
Elle était assez claire Pour voir ce même ami qui trompa votre père, Qui m'escortantchez vous n'en sortit qu'après moi; Mais son visage seul est ce que j'en connoi.
JACINTE
Hé bien, quel qu'il puisse être, obtiendrai-je une D. LOPE. [grâce?
Madame...
JACINTB.
A l'expliquer mon esprit s'embarrasse ; Mais c'est ce qui m'amène, et ce fut hier au soir Ce qui me fit encor souhaiter de vous voir.
D. LOPE
Parlez ; et puisqu'enfin il s'agit de vous plaire, Fallût-il me soumettre à la fureur d'un père. Et perdre...
JACINTE
Ah! Jugez mieux d'un cœur qui tout à vous Déteste les effets d'un injuste courroux. Vous voir reconnaissant est toute mon envie. Un inconnu pour vous a prodigué sa vie ; Et ce qu'à votre amour je demande aujourd'hui. C'est que jamais ce bras ne s'arme contre lui.
Me le promeltez-vous?
D. LOPE
Je puis vous le prometlpe, Puisque l'honneur enfin semble me le permettre, Et que, sans lâcheté, je ne puis à mon tour Combattre un ennemi par qui je vois le jour. Mais qui vous peut sitôt avoir dit la nouvelle D'une si surprenante et secrète querelle, Et qu'un frère mourant pour venger son trépas, Contre cet inconnu sollicite mon bras?
C'est ce que j'ignorais dans le malheur d'Enrique.
D. LOPE
Pourquoi donc cette alarme et vaine et chimérique, Et par quel mouvement vous croyez-vous permis De craindre quelque jour de nous voir ennemisî
JACINTE
Comme l'honneurpeuttouletsurrunet sur l'autre, Si vous n'êtes le sien il peut être le vôtre; Et par ce que je sais je prévois à regret... Mais je le vois qui vient vous dire son secret. Me tiendrez-vous parole, et puis-je le prétendre?
D. LOPE
Doutez-vous de mon cœur ?
JACINTE
Laissons-les seuls, Cassandre; Et, quoiqu'ici pour nous tout soit à redouter. Sachons leurs sentiments avant que d'éclater.