LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE I, SCÈNE IV
L'ardeur de Tacquérir me fait tout entreprendre . Et le bruit répandu de ce pompeux tournoi En impose à mon cœur Tambitieuse loi.
Pour n'être point connu, je pars seul et sans suite, A mon heureux destin je remets ma conduite ; Et l'espoird'un grand gain m'attiranten ces lieux. Tout ce.que j'ai de rare et de plus précieux, Sans regarder à quoi ma passion m'engage, Je l'expose sans crainte aux périls du voyage. J'arrive cependant, tout répond à mes vœux, Je vends, trafique, échange, obtiens ce que je veux. Et riche de nouveau d'un trésor adorable, A ma félicité rien n'était comparable.
Quand surpris au retour de voleurs en ce bois. J'éprouve du destin les ordinaires lois. Et vois avec douleur ma fortune asservie A quitter tout mon bien pour conserver ma vie. Dure nécessité, devais-je t'obéir, •Et, lâche en ce besoin, moi-même me trahir? Seul contr'eux il fallait repousser cet outrage ; Et si ma résistance eût animé leur rage. Du moins j'aurais lavé dans mon sang répandu La honte de survivre au bien que j'ai perdu.
ISAUELLE.
Où la défaite est sûre, et la mort infaillible.
Le courage est blâmable autant qu'il est nuisible;
Jamais sous les malheurs un grand cœur ne s'abat.
Et c'est d'où la vertu tire le plus d'éclat :
Mais avec tant de soin on peut suivre les traces
De ces lâches auteurs de tant d'autres disgrâces ;
Que si ce dur revers d'un sort injurieux
Vous permet de souffrir le séjour de ces lieux.
Peut-être y vcrrez-vous une heureuse poursuite.
Par mes ordres don nés, mettre obstacle à leur fuite.
Ici tout m'obéit, et sous l'aveu du roi
Ce grand château voisin ne dépend que de moi.
Ainsi vous en pouvez accepter la retraite.
FBDBRIC.
Cette offre est un doux charme à ma peine secrète ; Et je ne puis assez estimer un séjour Qui m'éloigne des lieux où j'ai reçu le jour; Ma disgrâce sans doute y croîtrait par ma honte.
FLORE
Madame Alfonse arrive, et vient vous rendre compte .