I JOLIE
prenez même pouvoir sur vous à votre tour; ^ nature se tait, faites taire l'amour. mt sais qae votre cœur avec raison soupire, ^ae les soins de Rodolphe...
LAURB.
Ah ! Que m'oses-tu dire?
JULIE
S votre mal redouble...
LAURB.
Hélas, Julie, hélas !
-.loii mal est si caché qu'on ne le connaît pas.
JULIE
■ Jeo crois la mort du prince être la seule cause.
LAURE
M, cette mort sans doute à mille maux m'expose.
JULIE
C9ŒiBe dans la vengeance on trouve des douceurs Afi<ieoo5pJasgraDdsinauxapaisent les rigueurs.
Le sang de l'assassin vous pourra satisfaire,
On le poursuit le traître, et dans peu l'on espère...
LAURE
Ah! C'est là mon tourment, arrête; car enfin Ce traître qu'on poursuit, ce cruel assassin. Par le charme secret d'un pouvoir que j'ignore. C'est lui qui fait ma peine; en un mot je l'adore.
JULIE
Madame, pardonnez si mon zèle indiscret...
LAURE
Pour t'en punir, Julie, écoute mon secret. Ecoute ma fabilesse. 11 te souvient peut-être D'un peintre qu'à lacour moi seule ai pu connailre? Entre plusieurs tableaux d'un travail curieux Qu'un jour cet étranger vint offrir à mes yeux. J'en vis un dont la riche et brillante bordure Relevait hautement l'éclat de la peinture : J'en considérais l'ordre, alors qu'au premier trait J'aperçus tout à coup que c'était mon portrait. Je regarde le peintre; et lui, presque immobile, « Je le tiens, » me dit-il, « du prince de Sicile, Portrait, unique objet de mes plus chers désirs, A dit ce triste prince avec mille soupirs, [nés. Puisque la guerre ouverte entre nos deux couron- Fait vivre sans espoir l'amour que tu me donnes, Va, retourne à ta source, et cesse chaque jour Par ton appas flatteur d'irriter mon amour. Alors il me le donne, et son ordre m'engage A venir dans vos mains remettre ce cher gage; Au moins le sort pour lui n'aurait plus de rigueur S'il croyait que sa vue eût ému votre cœur; Je vous le laisse. Adieu, madame. » Il se retire. Et, s'éloignant de moi, je l'entends qui soupire. Je reçois ce portrait, mais las! Au lieu du mien, Ce peintre déguisé m'avait laissé le sien ; Et je reconnais trop au trouble qu'il me cause, Que le peintre et le prince étaient la môme chose. Que te dirai -je enfin? Depuis ce triste jour En secret il m'aima, je souffris son amour. Il me la jura vraie, et j'en reçus pour gage Tout ce que peut jamais promettre un grand cou- Le reste, tu le sais. Rodolphe ambitieux, [rage. Voulant dans un tournoi triompher à mes yeux. S'est vu par Fédéric, trop jaloux de ma gloire. Arracher d'un seul coup la vie et la victoire. Hélas, où me réduit ce funeste revers ! S'il est pris, il est mort, et s'il fuit, je le perds ; Mon amour le retient, et ma crainte le chasse : En ce fâcheux état juge de ma disgrâce.
JULIE
Madame, je vous plains, et trouve en ce malheur
De quoi justifier la plus vive douleur.
L'un et l'autre destin vous donne lieu de craindre,
Et dans l'un et dans l'autre il faudra vouscontrain-
A vos tristes soupirs permettre peu d'éclat, [drc ;
Donner votre chagrin au besoin de l'État;
Et vous-même une fois à vous-même infidèle...
Mais le roi vient.