LE GEOLIER DE SOI-MÊME, ACTE IV, SCÈNE IV
OCTAVE
Seigneur.
JOOBLBT.
Que peut valoir par an La charge de petit, ou de grand chambellan?
FÉDÉRIC
L'honneur de vous servirrend mon âme assez vaine.
JODBLBT.
Non, je vous ferai grand, ou j*y perdrai ma peine : D'avance je vous loue. Il est vrai que souvent La louange des grands ne produit que du vent; La récompense est creuse, et non pas si solide Qu'elle puisse empêcher de bien mâcher à vide : Mais si mon trésorier était là, comme non. Allez, je vous louerais de la bonne façon.
{A Laure,) N'avais-je pas fait choix d'un agent bien fidèle?
LAURB.
Tout autre aurait eu peine à montrer môme zèle.
PÉDÉRIC.
Aussi puis-je assurer que chacun ne sait pas Combien pour Fédéric vos vertus ont d'appas. Braver d'un fier destin les plus rudes menaces, S'exposer pour vous plaire aux plus hautes disgrâ- C'estdontil faitsa gloire, et par où son ardeur [ces, Cherche une illustre voie à toucher votre cœur.
, JODBLBT.
Il est vrai,
LAURE
Pour payer une si belle flamme, Je puis à Fédéric ouvrir toute mon âme. Et rassurer ici qu'il n'est point de danger Qu'avec lui mon amour n'aspire à partager; Que ma foi...
JODELET
C'est assez, vous m'enchantez l'oreille.
FÉDÉRIC
Oui, Fédéric à peine ose croire qu'il veille; Et de tant de bontés et surpris et confus. Dans l'excès de sa joie il ne se connaît plus.
JODBLBT.
C'est ce que j'eusse dit, si mon àme extatique N'eût pas... ^
FÉDÉRIC
Ainsi, madame, il faut...
JODBLBT, à Fédéric.
^ ^ . Quand je réplique.
Sachez que c'est à vous à tenir le tacet. {À Lanre,)
Donc, beauté...
LAURB, à Fédéric.
Votre esprit doit être satisfait.
Dei vœux de Fédéric si j'ai sa foi pour gage, Il possède mon cœur, que veut-il davantage?
JODBLBT.
Quebientôt...
FÉDÉRIC
Ah I madame...
JODBLBT.
Héquoi,plai8antfalot,
Vous jaseriez toujours, et je ne dirais mol!
FÉDÉRIC
C'est pour vous que je parle.
JODBLBT.
Il n'est pas nécessaire!
Qui veut parler pour moi, pour moi voudrait pjj FÉDÉRIC, â Laure. [faire
Enfin, si mon amour s'était mal expliqué, Fédéric...
JODBLBT.
Arrêtez, c'est trop Fédériqué.
Oublîeraî-je mon nom?
FÉDÉRIC
Madame, il vous adore, Cet heureux Fédéric.
JODBLBT.
Quoi, Fédéric encore?
FÉDÉRIC, à Jodelet.
Je dis que vous l'aimez, et crois vous obliger.
JODBLBT.
Moi, je la veux haïr pour te faire enrager. Au diable le parleur!
FÉDÉRIC
Les dons qu'elle possède, Tant de grâces...
JODBLBT.
Eh bien, je la veux trouver laide.
Elle est sotte, elle est grue, elle a l'esprit hourro, La taille déhanchée, et le corps malotru ; Elle a l'œil chassieux, le nez fait en citrouille, La bouche.. Pardonnez si je vous chante pouillc, Ma reine, ce faquin m'a tout colérisé, Il en sera, ma foi, déchambellanisé; Vous me plaisez pourtant, et je vous trouve belle.
FÉDÉRIC
Soufl'rez que je vous parle en serviteur fidèle. Un prince tel que vous, sans trahir sa grandeor, Ne peut traiter l'amour que par ambassadeur.
JODBLBT.
Est-ce que je m'abaisse en contant des fleurettes?
FÉDÉRIC
Sans doute ; et c'est à vous à montrer qui vous êtes, Vous tirer du commun, toujours grave...
JODBLBT.
En ce cas, Faites pour moi l'amour, je n*y résiste pas, S'entend pour le parler; car pour fuir tout conteste, Dès lors ma gravité fait arrêt sur le reste : Mais plus de Fédéric, car je hais le détour.
FÉDÉRIC, à Laure.
Je vous puis donc enfi n parler de mon amour, fspire; Princesse ; mais, hélas ! quelque ardeur qu'il m'in- Je vous aime, et c'est tout ce que je vous puis dire. Je sens naître en mon cœur un désordre profond, Et dans ses propres vœux lui-même il se confond* iN'en soyez pas surprise, aussi bien le silence Fut toujours des amants la plus vive éloquence; C'est par là qu'un beau feu se fait mieux remarquer. Et Ton a peu d'amour quand on peut l'expliquer.