‹ Théatre completChapitre 426 sur 1461 · ÉRIPHILE, CLÉOMÈNE · texte numérisé non relu

ÉRIPHILE, CLÉOMÈNE

ÉRIPHILE. [dre

Que voulez-vous de moi? Venez-vous pour me plain- Du refus d'un hymen qui me rend tout à craindre. Ou si le roi de Crète assuré de vos soins A pu vous ordonner de me voir sans témoins?

GLÉOMÉNE.

Ah t Madame...

ÉRIPHILE

Parlez. Si c'est ce qui vous mène, Je vous dois audience aussi bien que la reine.

GLÉOMÊNE.

Pour me faire jouir de toute sa douceur. Daignez me la promettre avecque moins d'aigreur, Ma princesse.

Est-ce à moi que ce discours s'adresse? Qui peut trahir Argos me nomme sa princesse ; Et lorsque de ses vœux notre honte est l'objet. Me nommant sa princesse, il se dit mon sujet! Si l'indignation d'un conseil bas et lâche [che^ Me fait vous témoigner quelque aigreur qui vous fà- Jugez contre un sujet quel serait mon courroux. Par le peu d'intérêt que je dois prendre en vous.

CLÉOMÈNE

Et j'ai pu m'attirer un traitement semblable Par le plus bel effort dont l'amour soit capable? Car j'atteste les dieux...

ÉRIPHILE

Non, non, c'est perdre temp* Une excuse de vous n'est pas ce que j'atteods; Et quand mon cœur pourrait s'en pardonner rinjun Quelle foi donnerais-jeaux serments d'un paijurc'

CLÉOMÈNE

Moi, parjure, madame ! Et d'un soupçon si bas Vos propres sentiments ne me défendent pas? Ah ! Si de mes respects désavouant l'hommage, Ma foi d'un tel reproche a mérité l'outrage...

ÉRIPHILE

En effet, c'est fort bien signaler votre foi, Que servir Timocrate aujourd'hui contre moi. Son hymen conseillé d'injustice m'accuse? Ingrat, voilà ton crime, apprête ton excuse; Car, quoique de ta part il me dût peut toucher, J'ai la faiblesse encor de te le reprocher. Cette fierté qu'en moi la naissance autorise, A ta fausse vertu ne s'était donc soumise Qu'aûn de te voir faire un lâche désaveu D'un triomphe si beau qui t'a coûté si peu?

CLÉOMÈNE

Ah! Daignez mieux juger du zèle qui m'anime, D'un bel excès d'amour ne faites pas un crime; Et dans ce même avis, suspect de lâcheté, Voyez jusqu'où pour vous cet amour m'a porté. Il m'a fait renoncer à tous ces avantages Qu'un glorieux espoir permet aux grands couragei Afin de mieux aimer j'ai voulu me haïr. Et je me suis trahi de peur de vous trahir.

ÉRIPHILE

Quoi, toi seul applaudir aux vœux de Timocrate, N'est pas montrer une âme aussi lâche qu'ingrate Et quand ta trahison par là se met au jour, J'en dois prendre l'effet pour des marques d'amour

CLÉOMÈNE

Quoi, vous pourriez souffrir avecque moins de peia Qu'un servile intérêt fît agir Cléomène, Et que, lorsque le ciel s'offre à vous couronner, Il vous ravît un bien qu'il ne peut vous donner? Non, non, ma passion est assez noble et pure Pour savoir de mon cœur étouffer le murmure, Quand cette belle ardeur dont l'appas m'estsi do«x Sans me considérer s'attache toute à vous. Ainsi lorsque j'ai vu par la paix qu'il souhaite, Timocrate à vos pieds mettre toute la Crète, Que son hymen offert s'en faisant le soutien Assurait votre trône en vous plaçant au sien, Vous devant un conseil et grand et magnanime, Ma flamme à balancer aurait cru faire un crime Et contre vos soupçons les dieux me sont témoifl Que j'eusse été perfide à le paraître moins.

ÉRIPHILE

Je croyais que l'amour qu'un tel revers «cable. Lorsqu'il perd tout espoir, n'était4)a8 si ^taWe

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