TIMOCRATE, ACTE II, SCÈNE IV
t, qu'il désavouait comme autant d'attentats, ^^ générosités qui lui font des ingrats.
CLBOMÉNE.
^ussî de mes conseils si Teffet devait suivre, e sais d'un tel malheur par où Ton se délivre; 9 ma vie immolée à mon cruel devoir, ail bien ménager la douleur de le voir. B, du même moment que la fortune ingrate Isonblé se résoudre à flatter Timocrate, i victime due à ce fameux accord, oe sans doute eût achevé son sort; >baireux, si mourant pour vous avoir servie, I ett TU dans sa mort la gloire de sa vie; tsi de celte mort le secret avéré, * TOUS placer au trône eût servi de degré. ; ce dessein, faiblesse, ingratitude, z-lui, s*il se peut, encore un nom plus rude, l par là seulement que ce cœur amoureux |cro justifier l'audace de ses feux.
Dcer pour l'amour au soin de sa fortune, tqae le faible effet d'une vertu commune; Uni mille amants, dans ses moindres douceurs, ' bouter la peole aisée aux mépris des grandeurs,
tpomr Vobjet aimé, sans que rien lesétonne,
' litter pareots , amis , sceptre , trône , couronne ;
I» 17 esl inouï peut-être avant ce jour,
fuMcnn ait immolé l'amour même à l'amour.
L ir consacrer mon nom au temple de mémoire,
it à moi que le ciel en réservait la gloire, ; I devait sans doute à ma fidélité ; F 'ose jusque-là flatter ma vanité,
id^un effort, si grand, si beau, si peu croyable tous fît seule digne, il m'a fait seul capable.
ÊttIPHU.B.
noios, si tu me crois le courage si bas. Ides seules grandeurs je goûte les appas, : ipfÎDces, dont l'amour vient servir notre haine, iraient par leur hymen me faire deux fois reine ; èférer au leur celui d'un ennemi, que te montrer généreux à demi.
CLÉOMÉNB.
s ! Vous plaignez-vous de cette préférence, nd Hs n'ont rien en eux par delà la naissance, doDt un grand courage ait lieu d'être jaloux, nilustre projet de soupirer pour vous?
i à succomber sous un revers insigne,
Ae a cru devoir ne céder qu'au plus digne, lie laisse, madame, à juger qui des trois, t parler pour lui de plus nobles exploits.
ÉRIPHILE
vent la renommée est mal instruite, ou flatte; L^sioVqu'elle ait osé nous vanter Timocrate,
qui produit les exploits les plus grands, Itelle quelquefois qu'on punit aux tyrans ; Pc'estavec raison ce qu'en lui je soupçonne, îTcux m'arrôter aux marques qu'il en donne.
GLÉOMèKE.
ine croyez pas que mon juste courroux [ sans s'jndigDer qu'il armât contre vous.
Pour savoir ses desseins, en prévenir la suite. D'un zèle impatient je choisis la conduite ; Et quoiqu'un ordre exprès, connu danschaque port, De Crète aux étrangers eût défendu l'abord, Je passai dans sa cour, plein de celte vengeance Que de ma passion pressait la violence, Mais^ hélas I Eus-je lieu de la précipiter. Quand j*appris qu'il n'armait que pour vousmériter, Et qu'une ardeur si belle échauffant son courage. Je devais dans son cœur respecter votre image? J'avouerai plus encor, dussé-je me trahir. Tout mon rival qu'il est, j'ai peine à le haïr; Et de soi le mérite étant partout aimable, Si quelque chose en moi vous paraît estimable. Si ce zèle en mon cœur par la gloire produit De quelque grandeur d'âme a mérité le bruit, Il la possède toute, avec cet avantage. Qu'élevé sur un trône où brille son courage. De ce premier éclat ses exploits revêtus Donnent un double prix à ses moindres vertus.
ÉRIPHILE
Eh bien, sans respecter ton amour ni ta gloire. Fais pour ce cher rival ce qu'on n'eût osé croire ; Et puisqu'en ta louange il trouve un faible appui. Contre toi, contre moi, va combattre pour lui. Tu me verras constante et Adèle en ma haine. Avouer hautement les serments de lajreine. Encourager moi-même à mériter ma foi Ceux que jusques ici j'ai dédaignés pour toi. Et par un noble orgueil que la gloire autorise. De ma main à tes yeux récompenser sa prise. Quel triomphe de voir son sort précipité. Confondant son orgueil, punir ta lâcheté, Et dresser, par l'éclat d'une seule victoire. De ton ingratitude un trophée à ma gloire!
CLBOMâNB.
Cessez de soupçonner de sentiments ingrats Ce cœur qu'un rival touche, et ne partage pas. Puisque vous le voulez, sa perte est assurée, 11 ne peut l'éviter quand vous l'avez jurée. J'y cours; et si pour lui mon zèle officieux A tâché d'étaler son mérite à vos yeux. Rendant à sa vertu ce tribut légitime.
Je ne l'ai regardé que comme une victime. Que mon amour soumis osant vous destiner. Pour vous Pimmoler mieux, a voulu couronner.
ÉRIPHILE
Non, non, n'embrasse point une vertu contrainte.
CLÉOSfÊNE.
Le respect me défend le murmure et la plainte; Maisje veuxqueles dieux, pour punirmes serments. M'exposent chaque jour à de nouveaux tourments. S'il est trône, grandeurs, quemonàme souhaite A régal de vous voir souveraine de Crète; Et si j'épargne rien, quoi que vous présumiez, Pour en mettre dans peu la couronne à vos pieds. Est-ce assez noblement répondre à votre haine?
ÉRIPHILE
Va, tu n'ignores pas ce qu'a promis la reine.