LA MORT DE L'EMPEREUR COMMODE, ACTE II, SCÈNE U
Elle souffre à Lstus des entretiens secrets, Dont je pénètre peu les justes intérêts. Auprès de l'empereur son crédit est extrême, Et Ton blâme en autrui ce qui plait en soi-même.
Non, ma sœur n'eut jamais de si bas sentiments, Elle a le cœur trop bon pour ces déguisements ; Et si Lcetus lui montre un peu de complaisance, Un homme tel que lui rarement s'en dispense. Ce faible et vain dehors t'a fait trop présumer, Et ce n'est pas encor ce qui doit m'alarmer.
LUCiB. [dent,
Il est vrai que d'un choix où les dieux vous secon- Les devoirs d'Électus hautement vous répondent; Il est aisé de voir, par toute leur ferveur, Qu'il brigue en vous déjà l'appui de sa faveur. Et qu'ayant de son maître et le cœur et l'oreille, Ilvoitcertainpourvousl'hymen qu'il vous conseille. Ce zèle est vif et prompt, ces respects assidus...
MARCIA
0 devoirs, 6 respects peut-être trop rendus 1
LUCIB.
Quoi donc, à l'empereur aurait-il pu déplaire?
MARCU.
Je ne sais, mais...
LUCIE
Parler, et tout à coup vous taire?
MARCIA
Ah ! Lucie, oserais-je exposer à tes yeux Le désordre inquiet d'un cœur ambitieux; Etpuis-je,dansrorgueil dont la chaleur me presse. Donner à tes désirs Taveu de ma faiblesse? Moi-même elle m'étonne, et me force à rougir De voir que sur mes sens ma raison n'ose agir. Sans cesse cette indigne et lâche souveraine Leur montre en Ëlectus une vertu si pleine, Que charmés d'un éclat qui les fait éblouir, Ces sujets révoltés refusent d'obéir.
Dans une haute estime autorisés par elle. Us engagent mon cœur dans un parti rebelle. Qui jugeant cette estime un tribut innocent, Y croit de la justice, et sans peine y consent : Mais en s'examinant, qu'il y voit de surprise ! Il trouve de l'ardeur qu'un faux charme déguise^ Et que d'un fort mérite Électus soutenu Le pousse avec plaisir dans un trouble inconnu. Je ne sais que penser de cette ardeur secrète; Mais si ce n'est qu'estime, elle est bien inquiète, Et l'on ne devrait pas avec plus de souci Se défendre d'aimer, que d'estimer ainsi.
LUCIB.
L'amour avec l'estime a tant de ressemblance, Qu'il est bien malaisé d'en voir la différence, Non, que sans que l'on aime on ne puisse estimer: Mais sitôt qu'on y songe, on commence d'aimer.
MARCIA
Ah! Malgré moi cent fois en consultant mon âme. Sans perdre en cette estime aucun soupçon deflam- Je me suis écriée en cette douce erreur, [me,
« Que le ciel n'a-t-il fait Électus empereur! » Sans doute que l'amour, jaloux de son empire, i Cherchait de mon orgueil à me faire dédire, Et qu'à l'ambition il voulait disputer La conquête d'un cœur qu'elle osait lui vanter. Mais quand même Électus de l'ardeur quimegéu Par un même ascendant partagerait la peine, Ce cœur est trop rempli d'un vaste et noble espod Pour se laisser abattre à qui sait l'émouvoir. Je sais que sa vertu voudrait la préférence, Mais Commode empereur emporte la balance, il est doux, il est beau de recevoir des cieux Ce destin éclatant qui leur donne des dieux, Et qui, dans une gloire et sublime et profonde, Nous fait voir sous nos pieds tous les trênesdumo^ C'est là ce qui me charme ; et quoique jusqu'ici [da Je sente qu'Êlectus... 1
•LUCIB. !|
Madame, le voici. \