LE GALANT DOUBLÉ, ACTE II, SCÈNE VIIÏ
ISABELLE
Elle vous fait grand tort par celte défiance ; Et, sur ce que de vous je puis justifier, Elle verra, bientôt, comme on s'y doit fier.
LÉONOR
Prendre déjà sa cause I A moins qu'il vous cor-
isABBLLE. [rompe...
Vous me ferez reproche en cas que je vous trompe.
LÉONOR
Dfaut vous l'avouer, si don Fernand me plaît, Dés l'abord, comme vous, je vis tout ce qu'il est. Ile cœur grand, l'âme belle, une entière franchise ;
Ilais de mes sentiments je craignis la surprise, les plus prompts quelquefois ne sont pas les meil- ISABELLE. [leurs.
Utoos dire le vrai, je le connais d'ailleurs. iCii ami, qui d'erreur est assez incapable, ireo avait déjà fait une peinture aimable, jloQt les traits délicats, ayant gagné ma foi, He m'avaient rien caché de tout ce que j'y voi. r&ir, la mine, l'esprit, enfin tout se rapporte.
I D. PERNAND.
[klui suis obligé d'une estime si forte.
ISABELLE
■ Jamais d'un vrai mérite on ne fit plus de cas.
LÉONOR
El c'est ?
ISABELLE
Don Dionis.
I D. FERNAND
Je ne le connais pas.
ISABELLE
Ile le connaître pas? Certes cela m'étonne ; tous est-il inconnu, s'il ne l'est à personne? Ea cavalier civil, poli, galant, parfait, [fait,
fiai, pensant ce qu'il dit, plaît dans tout ce qu'il Point fourbe, point trompeur, point de ces lâches
[âmes, i cherchent en tous lieux à promener leurs
Et, d'ailleurs, il se dit de vos meilleurs amis.
D. FERNAND
L'erreur m'est favorable, où quelque abus l'a mis.
ISABELLE
noms divers en lui pourraient causer le vôtre, m'est connu sous l'un, me le sera sous l'autre ; Q Dionis, pourtant, est le seul que je sais.
loi qu'il vous ait pu dire, il vous aura dit vrai, il a su vous jurer que mon amour extrême [gage tous mes vœux à la beauté que j'aime, rapprends qu'on la marie ; et ce fatal revers iecable un malheureux qui languit dans ses fers. IKe pouvant m'éclaircir du père ni du gendre, Je forme cent desseins sans savoir lequel prendre. Dtaos ces obscurités daignez me secourir; * Toas voyez qu'à vous seule on me fait recourir. Soulagez les ennuis dont mon âme est pressée.
ISABELLE
Je ne vais pas si vite à dire ma pensée ; Et, si, de son aveu, j'ose en prendre le droit. Je crains de l'engager à plus qu'elle ne croit.
LÉONOR
Non, à votre amitié tout mon cœur s'abandonne. Il l'en croira soudain, quoi que son zèle ordonne; Et, pour vous donner lieu d'en mieux délibérer, Je vous laisse tous deux, et vais me retirer. Adieu.
D. FERNAND, ù Léonor.
Souvenez- vous que mes peines cruelles Ne peuvent...
LÉONOR
Vous aurez tantôt de mes nouvelles.
BÉATRIX
Madame, nous pouvons enfin le régaler.
ISABELLE, à part.
Voyons son impudence, avant que de parler,