GAMMA, ACTE II, SCÈNE II
Sans qu'à peine il m'en coûte u n sentiment d'estime; Mais ce charme brillant dont mon cœur est surpris, Quand il se donnerait, demande un plus haut prix. Au lieu de lui prêter cette pitié frivole. Rends-moi l'éclat du rang que la rage me vole. Alors tu connaîtras s'il faut me reprocher Que l'amour d'un héros ne puisse me toucher.
Cessez de vous flatter d'un droit imaginaire. Qui vous laisse prétendre à la grandeur d'un père. Quoique dans nos aïeux vous comptiez de nos rois, Sinalus pour régner abusa de mes droits. Sa brigue plus puissante, et la faveur de l'âge Du peuple suborué lui gagnèrent l'hommage; Et, par sa préférence obligé de céder, On me vit obéir où je dus commander.
Il en donna lui-môme une preuve assez claire, Lorsque par votre hymen il crut me satisfaire. Et voulut que, du moins, le droit me fût rendu D'un trône qu'à moi seul il savait être dû. Ce moyen d'y rentrer, et certain et facile. Me fit voir la révolte un projet inutile. Par ce seul intérêt j'en acceptai l'accord; Mais, pour m'en dégager, le ciel permit sa mort Par là de tout l'État rendu maître sans peine, J'osai me consulter sur le choix d'une reine, Et,sansamourpourvous,je crus honteux pour moi De sembler vous devoir la qualité de roi. Appelez-moi tyran, ingrat, traître, parjure. Vos seuls emportements font toute votre injure, Et c'est un peu trop loin en pousser la rigueur. Que vouloir sur le trône assujettir mon cœur.
HÉSIONE
Moi, que par une lâche et honteuse faiblesse Je cherche de ton cœur à me rendre maîtresse? Je l'aurais accepté, quand, sur l'aveu du roi. Ma vertu le pouvait rendre digne de moi; Mais, quelque juste ardeur dont le trône m'anime. Ne crois pas que je t'aide à jouir de ton crime. Qui tient pour y monter le chemin que tu prends, Mérite d'y périr comme font les tyrans. Rendre par mon hymen ta grandeur affermie. Ce serait de leur sort t'épargner l'infamie. Et d'un rang, oùt'élève un indigne attentat. Prendre sur moi la honte et t'assurer l'éclat.
SUiORiX.
Rejetez-la, madame, et sauvez votre gloire Du péril odieux d'une tache si noire; Mon cœur qui voit l'injure où vous alliez céder, Sur un si noble soin aime à vous seconder. Sansdouteil ne vaut pasce cœur bas, ce cœur lâche, Qu'à son indignité votre vertu l'arrache; Et vous craignez en vain que je ne fasse effort A répandre sur vous la honte de mon sort : Mais quelque triste fin qu'il faille que j'en craigne. S'il m'expose à périr, il m'apprend que je règne; Et jusqu'au dur revers qui saura me trahir, J'aurai la joie au moins de me faire obéir. Soutenez votre orgueil, quelque loin qu*il s'étende»
Je sais que dans ces lieux c*estmoi seul qui comman- Et, si toujours Sostrate est par vous outragé, [de; Ne pouvant être heureux, il peut être vengé.
HÉSIONE
Va, ne croîs pas qu'ici son intérêt m'abuse. D'un faux zèle pour lui je vois l'indigne ruse, Par cet empressement à soutenir son feu. Ta lâcheté du tien sollicite l'aveu.
Ce que la reine doit au sang dont je suis née, Lui défend d'accepter la foi qui m'est doonée; Et, quoique mon orgueil en dédaigne l'appas, Le mépris que j'en fais ne te dégage pas. Tu le vois, et l'hymen où tu crois me contraindre La doit mettre en état de n'avoir plus à feindre, De répondre à ta flamme, et de s'abandonner Aux douceurs de l'espoir que tu lui fais donner; Mais maîtresse d'un cœur qui brave ton empire. Je ris des vains projets que cet amour t'inspire ; Et tous mes déplaisirs semblent s'évanouir, Quand tu fais un parjure, et n'en saurais jouir.
SINORIX.
J'en jouirai, madame; et, puisque votre audace Ose presser l'effet d'une juste menace.
Nous verrons si Pexil pourra vous laisser jour A trouver les moyens de nuire à mon amour. L'arrêt en est donné.
HÉSIONB.
Fais donc qu'on l'exécole, C'est par là que les dieux ont résolu ta chute, Sans cette indignité mon sort serait trahi; Plus tu seras tyran, plus tu seras haï. Mes sujets me plaindront, et leur haine timide Cessera dans ta mort de croire un parricide. Redouble tes forfaits, loin d'en rien redouter, Je vais faire des vœux afin de les hâter.