SCÈNE I SliNORIX, PHÉDIME
PHÉDIME
Ce changement, seigneur,n'offre rien qui m'étonne; Je connais ce que peut l'éclat d'une couronne. Et n'ai jamais douté, malgré son feint courroux. Que la reine en secret ne fit des vœux pour vous.
SINORIX.
Quoiqu'encor contre moi votre intérêt combatte. Elle m'a confirmé le rapport de Sostrate, Tout espoir est permis à mon cœur amoureux ; Mais il faut que le temps aide à me rendre heureux; J*ai voulu lui céder pour montrer plus de zèle.
PHEDIME.
Non, non, pressez, seigneur, vous obtiendrez tout Déjà son fier devoir voudrait être forcé. [d'elle;
SINORlX.
D'un scrupule de gloire il est embarrassé. Après ses longs refus, un peu de bienséance Doit l'obliger encore à quelque résistance ; C'est ce qu'à mon amour elle vient d'opposer.
PHÉDIME
Sur un aveu si doux vous pouvez tout oser. Menacez, contraignez, rien ne peut lui déplaire ; Mais pnis-je m'expliquer sans être téméraire? Tout vous rit, tout vous flatte, et cependant, seigneur, Je vois qu'un noir chagrin trouble votre bonheur.
SINORlX.
Oui, Phédime, et mon âme étonnée, interdite,
GAMMA, ACTE III, SCÈNE m.
Se veut en vain soustraire à Thonneur qui l'agite: Plus j*ai lieu de tenir mon bonheur assuré, Plus par de vifs remords je me sens déchiré. Une secrète voix que leur rigueur anime, De moment en moment me reproche mon crime; Et lorsque j'en frémis, pour me confondre mieux, L'ombre de Sinatus se présente âmes yeux. Pâle et défiguré plus qu'on ne peut comprendre, Il sort de cette tombe où je l'ai fait descendre ; Et, marquant du poison les efforts violents, Il chancelle, et vers moi se conduit à pas lents. Ses yeux, quoiqu'égarés, fixes sur le coupable. Me lancent un regard affreux, épouvantable; Et comme si c'était me faire peu souffrir, Je l'entends s'écrier : « Tyran, il faut mourir, Il est temps d'expier ta criminelle flamme; Tu m'as ravi le jour pour me ravir ma femme; Et trahissant ma fille, adroit dans ce grand art. Tu lui voles un tr^ne où tu n'as point de part. Ta lâche ambition s'étant pu satisfaire. Tient sur pour toi le prix que ton amour espère ; Mais, prêt de l'obtenir, tremble, et, mal gré tes soi ns. Succombe au coup fatal que tu prévois le moins. » Là, j'ai beau repousser cette funeste image. L'horreur qu'elle me laisse accable mon courage; Et, sans cesse, agitant mon esprit incertain, Me montre un bras levé pour me percer le sein.
PHÉDIME
De ces vaines frayeurs il faut vous mieux défendre. Seigneur, qui contre vous oserait entreprendre? Vous-même, en le craignant, cessez de vous trahir. La princesse, sans doute, a droit de vous haïr ; Mais enfin, de régner son cœur toujours avide. Ne prendpointcontrevousie désespoir pour guide; Et tout ce grand éclat où l'enhardit son rang, Aspire à votre main, et non à votre sang.
SINORIX.
Mais, quand elle saura que j'ai fléchi la reine. Que ne permettra-t-elle aux transports de sa haine ? Déjà, déjà peut-être elle en sait le secret.
PHRDIME.
Quoi, Sostrate, seigneur, serait si peu discret?
SINORIX.
Comme j'aime Sostrate à l'égal de moi-même, Je sais bien que pour moi sa tendresse est extrême, Qu'il donnerait cent fois tout son sang pour le mien. Mais souvent l'amour parle, et croit ne dire rien. Pour me tirer du trouble où ce soupçon me laisse, PhédLme, de ce pas, va trouver la princesse, Et, par ses sentiments, tâche de pressentir Si de l'heur de ma flamme il a pu l'avertir. Il est bien malaisé, quoique d'abord on feigne. Que longtemps dans sa rage un grand cœur se
[contraigne.
Fais agir ton adresse à lire dans le sien.
PHÉDIME
Je connais mon devoir, et n'épargnerai rien.