I SCÈNE I
œNSTANTIN, MAXIME,
CONSTANTIN
J« l'avais bien prévu, que cette résistance VeQaitd'un feu secret qui plaît trop à Constance;
Sans mon ordre en son cœur ce feu s'est allumé, Et si Licine l'aime, il n'est pas moins aimé. Je viens de lui parler, et l'ai trop su connaître.
MAXIME
Sa passion toujours affectait de paraître; Mais jusqu'ici, seigneur, rien n'avait fait juger Que pour lui la princesse eût voulu s'engager; Et s'il faut qu'en secret Licine ait pu lui plaire. De Tespoir de sa main on flatte en vain Sévère, L'amour soutient longtemps la gloire de son choix.
CONSTANTIN
Mais je suis sur le trône, et j'en connais les droits*
MAXIME
N'en croyez pointl'aigreurqui vous parle contre elle;
Licine, est un sujet grand, illustre, fidèle,
El je ne vois enfin Sévère à préférer
Que par l'auguste rang qu'on lui fait espérera
CONSTANTIN
Du titre de César je fais sa récompense; Mais sais-tu que pour lu i j e fai s moi ns qu'on ne pense, Et que l'éclat du rang où ma faveur le met De mon ingratitude est le honteux effet? Jaloux de la vertu dont le charme l'inspire, Pour m'ôter un rival je partage l'empire; Et m'empresserais moins à le faire régner^ Si je n'en acquérais le droit de l'éloigner» Il soupirait pour Fauste, et jamais l'espérance N'avait d'un plus beau feu soutenu la constance» Quand la guerre alluméearmant pourmoi son bras, Le plonge en des malheurs qu'il ne prévoyait pas. Tandis que sa valeur soutient mon diadème, Mon hymen résolu lui vole ce qu'il aime; Fauste cède, mais, lasl son chagrin fait tfop voir Que son obéissance est due à son devoir, [ploie^ Quelque effort, quelques soi os que mon adresse em- La couronne est trop peu pour lui pendre sa joie; Parla juge à quel point s'alarme mon amour Quand je vois aujourd'hui Sévère de retour; Non que ce feu secret qu'il a peine à contraindre, Offre à ma jalousie aucun sujet de craindre, Quelque trouble en son cœur qu'il ait droitde jeter, Fauste a trop de vertu pour m'en inquiéter, Elle en triomphera; mais enfin, je prends garde Que ce cœur est un bien que ce trouble hasarde. Et qu'à le voir souvent, quoi que puisse sa foi. Il est bien malaisé qu'il n'en soit moins à moi. Tu sais que je l'adore, et que sod hyménée Tenait de tous mes vœux l'avidité bornée; Mais je ne puis souffrir que, dans des nœuds si doux. L'amant n'ait point de part au bonheur de l'époux. Sans cesse à mon repos ce dur chagrin s'oppose, La douceur de l'effet se corrompt par sa cause ; Et mon cœur que confond ce juste désespoir, Eu faveur de l'amour est jaloux du devoir. Ne l'étonné donc plus du choix que j'ai su faire; En couronnant ma sœur, il engage Sévère, El, par ce prompt hymen, l'oblige d'étouffer Un amour dont lui seul a droit de triompher. Outre qu'avecque lui partageant ma puissance