‹ Théatre completChapitre 699 sur 1461 · SCÈNE II CONSTANTIN, CONSTANCE, MAXIME, LUCIE · texte numérisé non relu

SCÈNE II CONSTANTIN, CONSTANCE, MAXIME, LUCIE

CONSTANTIN

Ma sœur, j*ai peine à croire Un bruit sourd que l'envie oppose à votre gloire. Quand par ce que je dois aux tendresses du sang Je veux vous élever à l'éclat de mon rang, [re, J'apprendsque vous souffrant un indiscret murmu- Ces marques de bontés vous tiennent lieu d'injure, Et que vous dédaignez dans le choix d'un époux Celui que l'amitié m'a fait faire pour vous. Sévère aura peut-être assez de déférence Pour forcer, par respect, ses désirs au silence; Mais, si trop de fierté tient les vôtres séduits, Sachant ce que je veux, craignez ce que je puis.

CONSTANCE

Ces soins de m'élever à la grandeur suprême, Sont, sans doute, l'effet d'une tendresse extrême; Et les profonds respects qui vous marquent ma foi Ne sauraient m'acquitter de ce que je vous doi : Mais, de quelque fierté que je sois soupçonnée, Je réponds mal, seigneur, au sang dont je suis née, Si je ne tiens le trône un bonheur imparfait, Quand la menace est jointe à l'offrequ'on m'en fait. Quelque éclatant qu'ilsoit,forcer d'y prendre place, C'est m'imposer un joug, et non pas faire grâce; Et, pour m'y donnerparl, l'hymen qu'on me prescri t Me l'asservit bien moins qu'il ne m'assujettit. Dans les droits que pour lui Ton veut que j'aban-

[donne, Bien loin qu'ilsoità moi, c'est à lui qu'on me donne; Et mon ambition s'en laisse en vain flatter, Si mon coeur est le prix dont je dois l'acheter.

CONSTANTIN

Ce prix est-il si haut, que tout couvert de gloiro, Tout brillant de l'éclat d'une illustre victoire. Sévère à trop d'orgueil semble s'abandonner, S'il en reçoit l'espoir que je lui fais donner?

CONSTANCE

Sévère a des vertus dignes de sa naissance. Mais mou cœur est jaloux de son indépendance, Et, quoi que mon devoir ait d'empire sur lui, Il dédaigne d'aimer par les ordres d'aulrui.

CONSTANTIX.

Dites, dites plutôt que ce cœur téméraire Pour se donner ailleurs se refuse à Sévère, Et qu'à des feux secrets prêtant trop de soutien, Votre choix pour aimer a prévenu le mien. Licine vous adore, et l'ardeur qui l'enflamme N'a pu frapper vos yeux sans pénétrer votre âme. Mais, flattant des soupirs sans mon ordre écoutés, Avez-vous oublié de quel sang vous sortez?

Celles de votre rang à qui la gloire est chère, Hors le bien de l'État, n'ont point de choix à faire, Et, quelque passion qui les puisse aveugler, Un si noble intérêt la doit toujours régler.

CONSTANCE

Je sais que plus le rang approche des coaroones Plus sa fière grandeur asservit nos personnes, Mais je ne sais pas moins quel injuste attentat Font souvent sur nos cœurs ces maximes d'État; Non que vous devant tout, le mien les examioe, C'est sans aveuglement que j'estime Licine; Et son amour n'a rien qui me puisse ébranler, Sitôt qu'à votre gloire il faudra l'immoler; Mais jepuis à vos vœux me rendreun peu contraire, Quand votre seul dessein est d'élever Sévère; Et je ne dois point tant au soin de sa grandeur..

CONSTANTIN

Hé bien, pour cet hymen je fais voir trop d'ardenr; L'État en peut tenir les droits illégitimes, Mais ce n'est pas à vous d'en régler les maximes; Et quoique votre orgueil ait peine à se trahir, Qui ne sait point aimer doit savoir obéir. Qu'à son gré d'un sujet votre mépris décide, Il suffit qu'à ce choix ma volonté préside, Et, pour ôter tout lieu d'obstacles superflus, Licine me sera garant de vos refus.

C'est lui dont l'intérêt, trop puissant sur votre âœ^. A la rébellion engage votre flamme; C'est lui, qui contre moi vous la fait soutenir, Et c'est lui seul aussi que j'en saurai punir. 11 est en votre choix d'arrêter ma colère. Mais tremblez pour sa tête, ou songez à me plaire, Je vous laisse en résoudre. Adieu.

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