SCÈNE I MAXIMIAN, CONSTANCE
CONSTANCE
Quoi, n'avoir point encor par l'effroi des supplice Cherché la vérité dans le sein des complices, Et souffrir si longtemps, sans les faire parler. Tout ce que Martian a voulu révéler?
Que son rapport soit vrai, que ce soit imposture, Il faut punir Licine, ou venger son injure; Et l'on ne peut trop tôt, dans ces obscurités, Faire efforts à trouver de fidèles clartés.
MAXIMUN.
Madame, en ce forfait, quoi que l'on examine, Il est bon d'épargner la gloire de Licine, Et ne pénétrer pas avec tant de rigueur Quels intérêts cachés ont séduit son grand cœur. Constantin y consent; qu'on punisse, pardonne, Avec l'impératrice il veut que j'en ordonne. Et, sans vouloir entendre aucun des conjurés. Sur l'ardeur de nos soins tient ses jours assurés. Je sais ce que je dois; mais pourvu que Licine A ne rien avouer jusques au bout s'obstine, Peut-être il suffira pour sa punition D'ôter tout lieu de nuire à son ambition ; Et prévenant par là tout ce qu'on appréhende...
CONSTANCE
Ah ! Seigneur, ce n'est pas ce que je vous demande ; Et Licine est d'un rang à ne pouvoir souffrir L'outrageante pitié que vous semblez m'offrir. J'ai pour lui de l'estime et je l'ai fait paraître; Mais l'éclat de sa gloire est ce qui la fit naître. Il la surprit par elle, et, s'il l'a pu ternir. C'est un double attentat dont il le faut punir. Ainsi, pour vous, pour moi, soyez juste, sévère, Point de grâce pour lui s'il osa trop me plaire. Et si d'un faux brillant les indigues appas Lui gagnèrent un prix qu'il ne méritait pas.
MAXIMIAN
Jusqu'à cette rigueur contre lui vous contraindre ?
CONSTANCK.
A dire vrai, seigneur, je n'ai pas tout à craindre. L'attentat m'est suspect ; et, pour votre intérêt.
Du lâche Martian il faut presser l'arrêt Si da l'auteur du crime il a seul connaissance, La vertu de Licine en prouve rinnocence; Et tout ce qu'il a fait semble être un sûr garaol Du peu qu'il a de part dans ce qu'on enlrepn^ni^ Son nom qui n'est connu d'aucun autre complice Sous un si grand secret cîiche quelque artifice; Et, si Martian parle, afin de moins douter. C'est dans les seuls tourments qu'il le fautécoulii Comme la vérité par là se peut connaître, J'ai pressé l'empereur de condamner ce traître, Il vous en laisse arbitre; et, dans ce plein pouvoir Punissant Martian, vous pourrez tout savoir.
MAXIMIAN
Il est juste, et dans peu, par les plus rudes gênes, On m'en verra tirer des lumières certaines. Je craignais pour Licine à trop examiner. Mais, s'il est innocent, qui peut-on soupçooner.*
CONSTANCE
Seigneur, une belle âme, incapable de crime, Ne croit former jamais de soupçon légitime, Et le mien ne sachant où pouvoir s'arrêter, Vous laisse là-dessus Sévère à consulter.