‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 194 sur 306 · SCÈNE XIIL · texte numérisé non relu

SCÈNE XIIL

M. DE BERLAC,.

Et de quel droit priver un citoyen de ce qu’il a de plus précieux au monde,de sa liberté? Holà! quelqu'un!

(Un domestique entre.)

GEORGES

Il y a sans doute des raisons.

M. DE BERLAC.

Des raisons! il n’y en a pas; il n’y a que la loi, la loi avant tout: je ne connais que ça: point d’arbitraire , je n’en veux pas.

GEORGES , regardant le domestique qui est entré.

Aussi, je vais envoyer.

M. DE BERLAC.

Attendez ; il faut un ordre et je vais le signer. (IL va à la table , et rend du papier et une plume. l'endant cetemps , Juliette passe à gauche, à côté de madame Presto.) Quel honneur! quel beau privilége ! une plûme, un peu de papier, trois mots: Mettez en liberté, et vous sauvez un innocent, un opprimé, un honnête homme. Mettez en liberté. Allez. (IL donne le papier à Georges.)

GEORGES, qui, pendant ce temps , a parlé à un domestique,

Allez.

M. DE BERLAC , reprenant le papier.

Un instant, que je lui donne l’adresse de mon ministère pour qu'il vienne m'y rejoindre de suite. (I écrit et donne le papier à Georges.) Allez.

GEORGES, donnant le papier au domestique.

Allez.

M. DE BERLAC, sur le devant de la scène.

Je suis content; une injustice réparée.… ça fait bien

pour entrer en fonctions; et je puis maintenant ne rendre à mon ministère. On doit aimer à faire le bien quand on a le temps; c’est si facile! moi, j’en ferai souvent; je n'aurai pas d’ennemis, je pardonnerai toujours, et d’abord ce pauvre Frédéric de Rinville… (Frédérie paraît sur Ja porte du cabinet.) Me voilà ministre; c’est le moment d’avoir de l'indulgence et de lui dire: « Mon ami, une poignée de main ; rendez-moi votre «amitié, et prenez ma fille, je vous la donne avec « des gants blancs , un bouquet au côté. c’est bien, « c'est bien, point de remercimens. (S’essuyant les yeux.) « Pauvre enfant! rendez-la heureuse, et nous serons « quittes. »

GEORGES

Ah! l’honnête homme.

M. DE BERLAC.

Qu'est-ce que c’est ?

GEORGES

Rien, monseigneur.

M. DE BERLAC.

J'ai dit à M. de Noirmont de me rejoindre au ministère. (A Juliette.) Voilà votre mari. (A madame Presto.) Vous congédierez Dufour. Moi, on m'attend; je vais à mon audience,

Et la voiture de monseigneur. +

M. DE BERLAC.

Point de voiture; il est beau d'entrer au ministère à pied, avec le parapluie à canne, et d'en sortir de même. Donnez-moi le parapluie à canne (Georges tui donne

SCÈNE XIIL. 3o1 le parapluie) , 1l est de rigueur; car, là aussi, il y a souvent des orages. Adieu, mes amis, je vous reverrai ici, après mon audience. Je reviendrai dîner.

MADAME PRESTO, accompagnant M, de Berlac qui sort.

Ah ! quel bonheur pour moi! Vous pouvez être sûr que le diner le plus fin et le plus délicat. un diner de ministre. rien que des truffes.

M. DE BERLAC, revenant avec colère.

Des truffes ! Qui est-ce qui a dit des truffes ? Point de truffes. Les malheureuses ! elles ont causé dans l'État trop de désordre, trop d’abus, sans compter lesindigestions;je n’en veux point sous mon ministère, je les destitue.

MADAME PRESTO

Destituer les truffes ! qu’allons-nous devenir ?

M. DE BERLAC.

Je ferme la bouche aux mécontens, aux envieux.

GEORGES

Ils l’ouvriront encore pour crier; c’est changer les idées reçues.

MADAME PRESTO

Bouleverser tous les repas.

Soulever contre vous tous les appétits de la grande propriété.

M. DE BERLAC, révant.

C’est possible. (A Georges.) Vous me ferez un rapport là-dessus ; (4 part.) au fait il faut marcher avec le siècle, et nous vivons dans un siècle truffé. D'ailleurs, si je les destitue, qu'est-ce que je mettrai à leur place?

De 21

je ne vois que les... qui sont bien insuffisantes pour les besoins de la civilisation : jy songerai. (A Georges.) Le portefeuille. (Georges lui donne ua portefenile.) Vous ferez votre rapport. (A madame Presto. ) Vous congédierez Dufour. Adieu, mes enfans, adieu : j'y songerai.

( I sort par le fond , Juliette el madame Presto sortent avec lui. )

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