SCÈNE VL
Arr du Picge.
Dans mon cœur, de désirs épris, Je sens encore la jeunesse;
Mais, sur mon front, j'ai là des cheveux gris Qui représentent la sagesse.
Aussi chacun se dit : c’est un Caton!
La multitude, aisément égarée,
Croit qu’on s'attache au cher de la raison, Dès qu’on en porte la livrée.
FRÉDÉRIC
À la bonne heure; mais te placer parmi les pau-
vres | SAINT-EUGÈNE , frappant sur son gousset. l
Il me semble que j'y ai des droits; c’est un emploi modeste, peu d’appointemens, mais beaucoup de bien à faire ; j'ai des projets superbes, je veux que tous les pauvres deviennent riches.
FRÉDÉRIC
Ils ne demanderont pas mieux.
SAINT-EUGÈNE
J'ai eu un de mes prédécesseurs qui y est devenu millionnaire, et il n’est sorti de l'administration que parce qu’il finissait par y être déplacé. Du reste, je vais habiter Nantes: j'y serai sous les yenx et la surveillance de M. Canivet, administrateur en chef.
Qu'est-ce que tu me dis là ? M. Canivet ! quel bonheur ! moi qui épouse sa fille ! nous allons nous trouver réunis.
SAINT-EUGÈNE
Tu te maries! à la bonne heure; car situ étais resté garçon, nous n’aurions pas pu nous voir; et même encore maintenant tu pourrais me faire du tort, à moins que tu ne veuilles aussi te jeter dans la réforme.
FRÉDÉRIC
Laisse-moi donc tranquille.
SAINT-EUGÈNE
Il est temps de faire un retour sur toi-même, de renoncer à ces vains plaisirs qui ne procurent jamais qu’une fausse joie, une ivresse de quelques heures, trop souvent expiée par des années de regret et de repentir.
FRÉDÉRIC
Diable ! comme tu pérores ! A quoi tend ce beau
sermon SAINT-EUGÈNE.
Mon ami, je m’essaie.
FRÉDÉRIC
Le moment est assez mal choisi; tu as recu ma lettre ?
Oui, mon ami. Il s’agit d’un déjeuner de garçons.
SAINT-EUGÈNE
Dieux! si mes comtesses du faubourg Saint-Germain venaient à le savoir l je serais perdu. Je mesau ve.
(Fausse sortie, )