ACTE II, SCENE V
moins, vous pouvez les compter; mais moi! j'ignore ce que vous appelez des jours, des semaines, des mois ; depuis votre absence, ce n’était qu'une nuit, mais ? .
qu'elle fut longue! Enfin, n’en parlons plus; il me semble qu’elle est finie, et que je m'éveille. Vous voilà !
LE COMTE, souriant, Oui; vous avez raison, c’est le jour qui revient; je l'espère du moins.
VALÉRIE
Et c'est pour moi que vous retourniez à Olbruk ? LE COMTE.
Oui, Valérie, j'y allais pour vous épouser.
VALÉRIE
Que dites-vous ? Moi, Ernest; moi, votre femme! LE COMTE.
Je suis libre et maître de mon sort. Quel qu’il soit, voulez-vous le partager ?
VALÉRIE
Ah ! si je n'écoutais que mon cœur, je serais peutêtre assez égoiste pour accepter, mais il est bren temps qu’à mon tour je pense aussi à votre bonheur. (Le cherchant dela main.) Mon ami, où êtes-vous ? écoutez-moi. Quand vous m'avez quittée, J'ignorais les idées, les opinions d’un monde qui m'était étranger. Depuis, ce que j'ai entendu, ce que j'ai cru comprendre m'a fait réfléchir sur vous, sur moi-même, et dans l’état où je suis, je ne consentirai jamais à unir votre sort
au mien.
Valérie !|
VALERIE. -
Je ne rougis point de mon manque de fortune, vous êtes assez généreux pour me le pardonner. Mais je ne vous porterai point en dot le malheur qui m'accable, je ne condamnerai pas celui que j'aime à des soins, à des égards continuels qui ne coûteraient rien. à vous, je le sais, mais à celle qui les reçoit! Oui, Ernest, soyez encore mon guide, mon ami, ne m'abandonnez pas, car je ne pourrais y survivre; mais qu’une autre que moi soit votre femme, votre compagne; j'en aurai la force, le courage. Plus qu’une autre je puis supporter cette idée, car je saurai votre bonheur , et du moins je ne le verrai pas.
LE COMTE
Ah Valérie ! si vous m’anniez, auriez-vous le cou-
rage de me parler ainsi?
VALÉRIE
Eh! c'est parce que je vous aime que je vous refuse! Ernest, je ne veux pas vous affliger ; mais nous ne serions pas heureux; tout ne serait pas commun entre nous; vous auriez des plaisirs que je ne pourrais partager, et songez, monsieur, si je devenais jalouse! cela peut arriver, je le sens, et très aisément, j'en mourrais d'abord! Vous voyez donc bien que, pour notre bonheur à tous deux, il faut que je sois toujours votre sœur et votre amie?
LE COMTE
C’est là votre résolution ?