‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 300 sur 306 · IX · texte numérisé non relu

IX

482 MALVINA

ARVED.

Oui... oui, mon oncle.

DUBREUIL, de même.

Qui, peut-être, ont rapport à cette lettre que tu m'as envoyée par Catherine, que je relisais là avec attention. Eh mais! tu parais inquiet, embarrassé.

ARVED.

Je le; suis en effet; car Malvina et moi sommes chargés tous les deux d’implorer votre bonté, votre clémence en faveur d’une personne qui fut bien coupable sans doute.

MALVINA

Oh oui ! plus coupable que je ne peux le dire. DUBREUIL , passant entre eux deux.

Eh mais! mes enfans, qu'est-ce que c’est donc ? voilà que vous m'effrayez... et ce que Marie te disait tout à l’heure... est-ce que ce serait d’elle qu'il s’agirait ?

ARVED , bésitant.

Mais... peut-être bien. (Maivina fait un mouvement de surprise, Arved lui fait signe de se contenir, et parlant à Dubreuil.) VOUS me parliez ce matin de ma cousine Marie , et des soins que , l’année dernière, que cette année encore, M. de Barentin avait l'air de lui rendre?

DUBREUIL

C’est vrai.

ARVED.

Eh bien ! que diriez-vous si... si elle l’aimait ? DUBREUIL.

Ce que je dirais? je dirais: tant pis pour elle

ACTE Il, SCÈNE X. 483 parce qu'elle ne lépousera pas, parce que jamais je ne consentirai à ce mariage.

ARVED.

Et si, prévoyant vos refus, et n’osant braver voire colère. si, en un mot, sa jeunesse, son inexpérience…

Que dis-tu ?

ARVED.

Si elle s'était engagée à lui par des nœuds solennels… DUBREUIL.

Ce n’est pas possible ; vous vous abusez.

ARVED.

Non , mon oncle, c’est la vérité; ils sont unis, ma-

riés secrètement.

DUBREUIL, furieux.

Un mariage secret | MALVINA , suppliant.

Mon père !

DUBREUIL

Non, tu essaierais en vain de la défendre; nos lois ne reconnaissent pas de pareils mariages; il est nul, il sera rompu : j'en ai le droit.

ARVED.

Je le sais; mais vous ne voudrez pas en user, pour son honneur, pour celui de votre famille; car enfin, mon oncle, elle est à lui, elle lui appartient, elle est sa femme.

434 MALVINA

DUBREUIL

Il est donc vrai ?

ARVED.

Et vous ne voudriez pas réduire au désespoir une personne que vous aimez, que nous aimons tous. quand, d’un seul mot, vous pouvez la rendre heureuse,

DUBREUIL

Heureuse | mais, c’est ce qui te trompe, elle ne le sera jamais.

MALVINA

Que dites-vous ?

DUBREUIL

Quand cette passion qui l’aveugle, quand ses premières illusions seront dissipées, et ce ne sera pas loug , elie pleurera elle-même sur son imprudence, et se repentira du choix qu’elle a fait.

MALVINA

Et pourquoi donc? A la fortune près, que pourrait-on y blâmer? n'est-il pas d’une honnête naissance , d’une famille distinguée ?

DUBREUIL

Oui, le fils d’un confiseur.

MALVINA

O ciel! ce n’est pas possible.

DUBREUIL , montrant la lettre qu’il tient.

J'ai là ses titres et ses parchemins.

ARVED.

Eb ! qu'importe? le fils d’un honnête négociant

n'en vaut-il pas un autre? Et après tout, mon oncle,

ACTEUPISOBNE X. 485 qui sommes-nous ? N'est-ce pas aussi dans le. commerce que notre famille s’est enrichie ?

Oui ; mais moi, j'en suis fier, je m'en vante. p. È

Arr du vaudeville de Partie earree.

De père en fils, quand on a l'avantage

Et l'honneur d'être commerçant, On ne va pas, d’ur noble personnage, Prendre le nom et le déguisement !

Oui, quelque état que le sort nous désigne, On en est fier, aloys qu'on l'ennoblit ; Mais je me dis qu’on n'en est jamais digne

En s Re Sitôt qu'on en rongit.

Et ces grands malheurs, ces persécutions dont il se vantait.… Lui! persécuté! et par qui? par ses créanciers.

MALVINA

Grands dieux !

DUBREUIL

Un prodigue ! un dissipateur ! un mauvais sujet ! ARVED , voulant l'arrêter.

Mon oncle, je vous en supplie.

MALVINA

Mon père | DUBREUIL, à Malyina-

Oui, ma chère enfant, c’est comme je te le dis, j'en ai les preuves! et voilà pourtant comme, avec de grandes phrases et une feinte passion, une Jeune persoune se laisse séduire. O jeunesse imprudente |

486 + MALVINA

quand vos parens, quand un père lui-même, malgré toutes les recherches, toutes les précautions, tous les soins de la tendresse la plus vive, peut encore se tromper sur le choix d’un gendre, vous, n’écoutant que les rêves de sotreffmagination, vous jouez ainsi au hasard votre bonheur et l'espoir de votre vie entière.

ARVED , cherchant toujours à l'arrêter.

Mon oncle! et quels que soient ses torts, me refuserez-vous la première grâce que je vous demande ?

DUBREUIL

Tu le veux, mon fils ? puis-je rien refuser à toi, à ma fille, à vous qui êtes mes enfans ; vous, qui devez faire ma joie et ma consolation ?

ARVED.

Grand Dieu !

DUBREUIL

Parle, mon ami; guide-moi, dis-moi ce qu’il faut faire ; je suivrai tes conseils.

ARVED.

Eh bien ! à votre place, j’écrirais d’abord à M. de Barentin.

DUBREUIL, Lui écrire l'(5e metiantè a table Waroite ) M'y voici : dicte toi-même ; j'écris.

ARVED, dictant.

« Monsieur, vous avez de grands torts envers moi : « Je vous les pardonne. »

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