SCÈNE XIL @ MALVINA, MARIE
MARIE
Que se passe-t-il donc ?
MALVINA , toujours auprès de la porte.
Bientôt tu le sauras.
MARIE
Et dites-moi, ma cousine, pourquoi, en s’en allant mon oncle avait-il l'air si en colère contre moi? estce que tout-à-l’heure ?... Mais vous ne m’écoutez pas.
MALVINA , regardant vers la gauche.
Si vraiment.
MARIE
Il a donc été bien fâché quand mon cousin lui à dit que je voulais partir ?
MALVINA , allant à elle. +
Comment ? tu nous quittes ? tu l’éloignes ?
MARIE
Vous le savez bien; puisque vous étiez là.
MALVINA
Oui, c’est vrai... j'étais là... mais pour quelle rai-
son , surtout dans un pareil moment ?
MARIE
Oui, au moment où vous allez épouser Arved.
MALVINA , à part.
O ciel !
490 MALVINA
MARIE
Au Je de votre bonheur, ce n’est pas bien à moi, ] sais; vous qui m'avez toujours traitée comme une sœur. mais voyez-vous, ma cousine, il le faut ; je ne pourrais pas rester ici, j'en mourrais.
MALVINA
Que dis-tu ? et toi aussi, tu souffres ! tu es malheureuse | MARIE.
Ah ! plus que je ne puis vous le dire; mais j'aurai de la force, du courage. Cela se passera. pourvu que je m’en aille et que je ne voie pas ce mariage.
MALVINA
Qu'ai-je entendu ? ce trouble, ces larmes !... Arved... tu l’aimerais ?
MARIE
Moi ! qui vous l'a dit?
MALVINA
Odiy tu l’'aimes, et j'en suis sûre. (Apart) O mon Dieu ! qu'est-ce que j'éprouve là ? il ne me manquait plus que ce dernier tourment. (Han. ) Aime-le, Marie, aime-le; c’est le meilleur, le plus généreux des hommes : un pareil amour ne te condamne ni aux regrets ni aux remords. ( S’arrêtant avec effroi, et lui faisant signe de la main.) Tais-toi.
MARIE
Qu’avez-vous donc ? pourquoi tremblez-vous ?
MALVINA
C’est mon père! je l’entends. Va-ten, va-ten.