ACTE I, SCÈNE IV. 8 OLIVIER
Très-grand tort! Il faudrait pour bien faire que
tout le monde fût millionnaire.
DORBEVAL.
Voilà comme j'entends légalité. Ah çà! qu'est-ce que nous faisons aujourd’hui? Je vous tiens; je ne vous quitte pas : nous passous la journée ensemble.
POLIGNI.
Je ne demande pas mieux.
OLIVIER
Impossible ! Il faut que je rentre chez moi.
POLIGNI.
Et pourquoi donc? Le salon a ouvert cette semaine , (à Dorbevat.) et il paraît qu'Olivier a exposé un tableau magnifique, un sujet tiré d’'Ivanhoe, la scène de Rébecca et du Templier, le nioment où la belle Juive va se précipiter du haut de la tour.
OLIVIER , vivement, Tu l'as vu?
Non, pas encore; mais, allons-y aujourd’hui ? DORBEVAL, à Olivier.
A merveille ! Tu nous y mèneras, parce que, moi, j'ai le sentiment des beaux-arts, mais j'ai besoin de quelqu’un qui me fasse comprendre les beautés. Auparavant nous irons au,bois de Boulogne avec ces dames, ma femme et Hermance ma pupille : une cavalcade magnifique ! De là nous déjeunerons au pavillon d’Armenonville, ou chez Leiter, ou chez
Véry; enfin ce que nous autres, boune compagnie, NT. 6
appelons aller au cabaret. Et puis ce soir à l'Opéra... Poligni, tu prendras une loge.
POLIGNI.
Volontiers! ce sera charmant.
OLIVIER , à voix basse.
Y penses-tu ? voilà encore une journée à te ruiner. POLIGNI, de même.
Une fois par hasard... (Haut) Et, tu as beau dire,
tu viendras.
DORBEVAL.
Oui, oui, c'est décidé.
OLIVIER
Non vraiment; vous me proposez là une journée d'agent de change, et je ne suis qu'un artiste. Plus tard j'irai peut-être au salon ; mais dans ce moment, je vous lai dit, il faut que je vous quitte.
POLIGNI.
Et quel soin si important ?.. que vas-tu donc faire? OLIVIER.
Je vais travailler! Adieu, mes amis; allez au bois
de Boulogne, je retourne, moi, à mon atelier.