‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 68 sur 306 · ACTE IT, SCÈNE VII. tr · texte numérisé non relu

ACTE IT, SCÈNE VII. tr

POLIGNI.

Ah! vous ne pouvez le savoir; je ne puis, je n’ose vous apprendre ce qui se passe en moi, ni quelles idées viennent troubler mon bonheur... non que je sois sans reproches... mais vous-même, madame...

MADAME DE BRIENNE

En auriez-vous à m'adresser ?

FOLICNE nent Oui... oui, sans doute !

Tant mieux! il me sera si aisé de me justifier, de vous rendre le calme, le bonheur. Parlez vite, dépêchez-vous de m’accuser, car il doit vous tarder de m'absoudre. Eh bien! mon ami... eh bien! mon juge, voyons; qu’ai-je fait ? de quoi suis-je coupable ?

POLIGNI.

Vous me le demandez... quand, depuis trois ans séparés l’un de l’autre, pas une lettre n’est venue me consoler ni ranimer mon courage! Ah! qui sait si un mot de vous, si la vue seule de votre écriture n’eût pas dissipé, n’eût pas chassé loin de moi ces idées qui font aujourd’hui mon malheur.

MADAME DE BRIENNE

Poligni, j'étais mariée; vous écrire eût été manquer à mes devoirs. Cette conduite que vous blämez aujourd'hui, vous m’en remercierez un Jour, en m'estimant davantage. (En rian) D'ailleurs, êtesvous de ces gens défians et soupconneux à qui il faut toujours des écrits? Que vous aurait appris cette lettre? que je vous aimais... Eh bien! mon-

sieur, je vous le dis: ma parole vaut bien ma signature.

POLIGNI fait un geste pour se jeter à ses pieds ; il s’arrête, et reprend froidement.

Maintenant, oui, sans doute; mais convenez qu'alors d’autres soins, d’autres hommages...

- MADAME DE BRIENNE, le regardant en souriant.

Eh mais! voilà un défaut que je ne vous connaissais pas! Seriez-vous jaloux, par hasard ?

Moi!

MADAME DE BRIENNE

Ah! ne vous en défendez pas; j'aime tous vos défauts pour que vous aimiez les miens. Mais calmezvous : pendant ces trois années, je vous le jure, pas la moindre coquetterie, pas une seule déclaration. C’est comme je vous le dis! cela même m’effrayait… pour vous, et Je craignais.. Dans ce moment seulement vos yeux me rassurent un peu, et puisque vous vous taisez, puisque vous ne m'accusez plus, c’est à moi de le faire, c’est à moi de vous apprendre tous mes torts. Oui, monsieur, lorsque tout devait nous séparer, le temps, la distance, et plus encore, le devoir. eh bien! je ne vous ai pas quitté d’un moment: partout mes souvenirs vous suivaient. Ces lettres mêmes que vous réelamiez, je ne’suis pas bien sûre de ne pas les avoir écrites. (Viveent.) mais vous ne les verrez jamais! Et quand il était question de ma patrie, quand mon mari luimême me parlait de la France, c'était à vous que je

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