‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 69 sur 306 · ACTE II, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VII

pensais. N'était-ce pas bien mal? n’était-ce pas hor-

rible? Voilà, monsieur, voilà des-torts véritables, et

ceux-là cependant vous ne me les reprochez pas ! POLIGNI.

Ah! je n’en ai plus la force, je n’en ai plus le courage! C’est à moi maintenant à me justifier à vos yeux. Oui, je vous aime, et plus que jamais.

MADAME DE BRIENNE

À la bonne heure au moins! Pas un mot de plus...

celui-là suffit ; tout est pardonné..

Ah! tant de vertus, tant d'amour, méritaient un meilleur sort, et si vous saviez celui que je peux vous offrir ! Il est si peu digne de vous! Voilà la cause de mes tourmens, voilà ce qui me rend je plus malheureux des hommes.

MADAME DE BRIENNE, souriant.

Il serait possible! Un autre défaut encore: vous avez de l'ambition.

POLIGNI.

Oui, j'avais celle de vous rendre heureuse; il est si doux d'enrichir ce qu'on aime! Mais vous voir éclipsée par des femmes orgueilleuses, qui sont si loin de vous, et qui ne vous valent pas! c’est là ce qui me froisse et m'humilie. Mon bonheur eût été de prévenir tous vos vœux, de voler au-devant de vos moindres désirs ; au lieu de cela, lorsque je verrai vos yeux attachés sur quelques brillantes parures, je serai donc obligé de vous dire: ne les regardez pas;

je ne puis vous les donner.

MADAME DE BRIENNE

Eh bien! mon ami, je ne les regarderai pas; je ne regarderai que vous. Ces parures dont vous me parlez, certainement je les aimerais assez, c'est si naturel! quelle est la femme qui p’y tient pas un peu? Moi, j'y tiendrais pour vous plaire, et si je vous plais sans cela, qu'aurais-je à regretter? Quand nous verrons passer des femmes élégantes dans un riche équipage, je serai modestement à pied, il est vrai, mais je serai près de vous, je m'appuierai sur votre bras; et si elles pouvaient lire dans mon cœur, ce seraient elles peut-être qui me porteraient envie.

Chère Amélie !

MADAME DE BRIENNE

Quand on s'aime, les privations coûtent si peu ! elles deviennent des plaisirs; et si vous n’avez pas d’autres tourmiens , j'espère vous prouver que votre chagrin n’a pas le sens commun. Monsieur de Brienne m’a bien laissé par testament tout ce qu'il pouvait posséder; mais la succession réglée, il ne reste rien que ma dot; trois ou quatre mille livres de rentes en fonds de terre, voilà ma fortune. Et la vôtre ?

POLIGNI.

Hélas! à peu près sept ou huit mille franes sur

l'État. .

MADAME DE BRIENNE

Vraiment! nous aurons douze mille francs de

rentes |! mais nous sommes millionnaires ou peu s’en faut.

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