‹ Theatre Complet. Tome 9 Valerie Seconde EditionChapitre 76 sur 306 · ACTE HI, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE HI, SCÈNE

qui Je les dois. Orphelin et sans ressources, je serais mort de misère et de faim , ou, traînant une pénible existence, je serais maintenant un artisan, un soldat ignoré , si monsieur de Brienne n'avait daigné me recueillir et me protéger. Ah! que n’a-til pu jouir de ses bienfaits! que n’a-t-il été le témoin de mes premiers triomphes ! Vous veniez de quitter notre patrie, et je me rappelle encore ce jour solennel, cet asile des arts, où siégeaient tous les talens dont s’honore la France, où la récompense du mérite est décernée par le mérite lui-même. Hélas ! dans cette nombreuse et brillante assemblée, je cherchais monsieur de Brienne, je vous cherchais, madame, et quand mon nom fut proclamé, quand ce prix de peinture, ce premier prix me fut accordé, nul regard ne cherchait les miens pour me féliciter; nulle sœur, nulle amie n'était là pour partager mon triomphe ou comprendre mon bonheur. Comme étranger, comme abandonné au milieu de la foule, je rentrai chez moi la mort dans l'ame, et triste de ma joie solitaire, je cachai en pleurant cette couronne que je venais d'obtenir, et que je réservais à mon bienfaiteur. Ah l'je ne croyais pas alors devoir la déposer sur sa tombe. Mais pardon de renouveler vos douleurs, de vous rappeler de pareils souvenirs !

Ah ! ne le craignez pas; mon cœur se les retrace souvent. Mais en me parlant de monsieur de Brienne et des services qu'il vous rendit, je vous reprocherai d'oublier celui que vous attendez de moi.

OLIVIER

Oui ! madame, oui, vous avez raison; mais c'est qu'au moment de vous en parler, cela devient plus difficile que jamais, et j'aimerais mieux remettre cette conversation à un autre instant.

MADAME DE BRIENNE

Comme vous voudrez, si rien ne presse.

OLIVIER

Au contraire, madame, c’est très pressé; car le sujet dont je voulais vous entretenir, à coup sûr, bien d’autres vous en parleront ; et d’être le premier en date, c’est toujours un titre... pour moi, surtout, qui n'en ai pas d'autre.

MADAME DE BRIENNE

Mon ami, je ne vous comprends pas.

OLIVIER

Je le crois bien, car je ne suis pas bien sûr de me comprendre moi-même. Aussi, promettez-moi de l’indulgence.

MADAME DE BRIENNE

Eh ! mon dieu ! vous tremblez !

C’est vrai; et si Je m’en souviens bien, tel fut le premier effet que produisit sur moi votre présence. Vous rappelez-vous ce jour où, quelque temps après son mariage, monsieur de Brienne nous présenta à sa jeune compagne. Jusque-là, étranger au monde et à ses usages , j'avais fui la société des femmes; mon caractère âpre et sauvage ne pouvait s’accommoder de ces soins empressés et futiles que je croyais indispen-

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