ACTE I, SCÈNE V
à nos adversaires de nous livrer un passage. J’entendis des injures, un défi; et tout à coup se fit un grand silence; il était interrompu par un bruit sinistre et inconnu; une espèce de cliquetis qui me glacait de frayeur. En ce moment un instinct secret semblait m'avertir qu'un grand danger menaçait notre défenseur ! je m’élançai au devant de lui, en lui tendant les bras: j'éprouvai une douleur aiguë qui me fit froid , et puis je ne sentis plus rien.
O ciel! vous étiez blessée!
VALÉRIE
Dangereusement, à ce que j'ai su depuis ! Hélas! c'était lui qui, sans le vouloir... Mais jugez de mon bonheur! cet évènement avait mis fin au combat, et peut-être sauvé ses jours. Quelques semaines après, quand je revins à la vie, Ernest; (Se tournant vers Henri.) il se nomme Ernest, était installé au château; il dornait à la comtesse Émilie des leçons de français et d’italien dont je profitais aussi. Avec quel enthousiasme il nous parlait des beaux-arts et de l’amour de la science! Le feu de ses discours, sa brillante imagination, ouvrirent un monde nouveau devant moi. Alors j'existai. Ces objets inconnus dont il me retraçait l’image étaient tous vivans, animés. Oui, ce beau ciel, ces ruisseaux écumans, ces tapis de verdure, dont il me parlait, jeles ai vus ! je voyais quand il était là.
HENRI
Eh bien! qu’est-il devenu ?