ACTE II, SCÈNE III
GERMAINE
Oui! j'allais le dire... En effet, ça, ça me manque! Et encore, ça ne me manque que si mon mari me fait des scènes.
HECTOR
Je me perds dans toutes ces subtilités... je vous assure que je m'y perds !
GERMAINE
Oui. Vous, en dehors de la passion, il ne faut rien vous demander.
HECTOR
Voilà! Vous me comprenez?
Enfin, tantôt, j'avais fait une chose héroïque : je vous avais envoyé un petit bleu pour vous dire de ne pas compter sur moi.
HECTOR
Sans reproche, c'est une chose héroïque que vous faites tous les jours, à trois heures, depuis un mois...
GERMAINE
Sans doute, mais aujourd'hui, je l'avais faite avec plus d'énergie... Je l'avais faite cette fois-ci avec la certitude que c'était bien fini, que je ne vous céderais jamais... J'étais très contente de moi.
HECTOR
Ah ! il y avait de quoi !
GERMAINE
Oh ! ça, ça rentre dans l'ordre des choses qui ne sont pas de votre spécialité. Donc, je reviens chez moi, pour m'habiller. Je tombe sur mon mari qui m'attendait depuis une heure. 11 avait quitté l'usine, poussé par ses soupçons habituels ; et il ose me demander : « D'où viens-tu? »
EN r.AllDE
HECTOR
II a osé vous demander ça, à vous?
GERMAINE
Oui, mon ami! Et, en me le disant, il me regardait d'une drôle de façon...
Oh! on croit toujours que les maris regardent d'une drôle de façon ; ils vous regardent très naturellement... les maris, ce sont des gens comme nous.
GERMAINE
N'importe, ça m'a troublée, ça m'a indignée. Et je lui ai répondu : « Ça ne te regarde pas ! »
HECTOR
Bravo! Ça, c'est un mot de femme... Et alors?
GERMAINE
Il est devenu très pâle... Et il est sorti en claquant la porte...
HECTOR
Et puis?...
GERMAINE
C'est tout. Ça ne vous suffît pas? Moi, ça m'a suffi... Il était vraiment trop injuste... Je ne pouvais pas rester là-dessus ! Toutes les idées de vengeance me sont montées à la tète, et, brusquement, j'ai décidé queje serais votre maîtresse...
HECTOR
Ah ! Germaine ! Ah ! Germaine !
GERMAINE
...que je serais votre maîtresse demain.
HECTOR
Demain ?