‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 145 sur 305 · ACTE II, SCliNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCliNE III

GERMAINE

Et je suis venue vous l'annoncer ce soir pour que ce soit bien convenu, pour me couper toute retraite, pour que vous ayez le droit de madresser des reproches sanglants si par hasard je manquais à ma parole...

HECTOR

Mais vous n'y manquerez pas, Germaine, dites?... vous n"y manquerez pas...

GERMAINE

Si j'étais capable d'y manquer, croyez-vous que j'aurais fait cette chose stupide de venir ce soir, dans votre appartement, dans cet appartement où je vais me retrouver tout à l'heure avec mon mari ! Croyez-vous que je serais allée chez cette antiquaire, à qui j'ai acheté des plats d'étain, atTreux, d'ailleurs ! A propos, vous trouvez ça très ingénieux, cette idée de passer par une boutique d'antiquaire pour venir chez vous?

HECTOR

Mais oui... De cette façon, si vous êtes reconnue, on ne peut pas s'étonner. Vous achetez des plats d'étain, il n'y a rien de plus innocent !

GERMAINE

Vous avez peut-être raison... Mais c'était une impression. Cette boutique obscure ! Cette vieille dame trop respectable et qui a une façon de ne pas vous regarder, une façon de ne pas sourire : bien entendu, je n'insiste pas sur le prix des petits objets atlreux qu'on lui achète, parce que ça c'est plutôt comique! Et enfin cet escalier dérobé ! cette porte ! Vous direz ce que vous voudrez, mon ami, c'est suspect. Je ne sais pas si la grande porte ne vaut pas mieux !

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HECTOR, lui i>ren;int tes mains.

Ma chérie ! ma chérie ! Ne pensons plus à (ja, no pensons plus qu'à nous! Vous êtes là! c'est vous ! Je ne peux pas y croire !

GKRMAINE.

Moi non plus... C'est tellement stupide, ce que je fais en ce moment... sans compter ce que je vais faire demain!... Tenez! tenez! Dites-moi vite que vous m'aimez, que vous m'adorez, que, si je n'étais pas venue aujourd'hui, vous auriez été capable de toutes les folies!

HECTOR

Oui, Germaine, oui... oui!

GERMAINE

Dites-moi tout ce qu'il faut pour cacher l'absurdité de cette action... Dites-le-moi vite! vite! Dites-le-moi de façon que je n'en puisse pas douter ou je ne réponds plus de rien !

HECTOR, avec passion.

Je vous adore, Germaine... Je vous aime! Je vous désire follement...

(Il la prend dans ses bras.) GERMAINE.

Follement, n'est-ce pas?

Follement !

GERMAINE

A la bonne heure !

HECTOR

Oui, c'était fatal... Un amour comme le mien entraîne tout comme un torrent! Je vous voyais hésiter, mais je me disais : « Nous ne pouvons échapper ni l'un ni l'autre à cette fatalité. »

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