‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 2)Chapitre 170 sur 305 · ACTE II, SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XIII

GERMAINE

Ici même.

BRANCOUR.

Et c'est la première fois que tu y venais ?

GERMAINE

Oh ! la première, ma parole ! Mais puisqu'il est convenu qu'on n'en parlera plus !

BRANCOUR.

Pardon ! pardon ! Il y a des détails que j'ai besoin de contrôler... que tu me permettras bien, j'espère, de contrôler !

GERMAINE

Tant que tu voudras, mon ami.

BRANCOUR.

D'abord, ce n'est pas un quart d'heure que tu es restée chez Le Hercheur, c'est trois quarts d'heure !

Ça, non, par exemple !

BRANCOUR.

Le temps ne t'a pas semblé long ! Mais tu y es restée de huit heures à neuf heures moins le quart, ce qui fait bien trois quarts d'heure !

GERMAINE

Tu exagères... Enfin, mettons, je ne veux pas te contrarier.

BRANCOUR, se montant j)eii à peu.

Oh 1 c'est que je tiens à préciser ! Je n'insisterais pas s'il s'agissait d'une visite sans importance, comme une femme du monde a le droit d'en faire à un ami, cet ami fût-il célibataire ! Mais, en l'espèce, il ne s'agit pas d'un ami ! 11

s'agit d'un homme qui te fait la cour depuis des mois...

GERMAINE, indignée.

Des mois !...

BRANCOUR, se maniant toujours.

Parfaitement ! Ça a commencé à Aix-les-Bains, où ça faisait l'objet de toutes les conversations.

GERMAINE

C'est trop fort !

BRANCOUR.

Ça a continué à Paris où tu as changé brusquement tes habitudes.

GERMAINE

Mais tu rêves !

BRANCOUR.

Tu sortais sans raison ou sous des prétextes qui me paraissaient déjà suspects.

GERMAINE

Oh!...

BRANCOUR.

Fernande était visiblement ta confidente. En voilà une qui connaît la vérité, mais elle ne la dira pas, bien entendu, et je n'aurai pas la naïveté de la lui demander...

GERMAINE

Oh ! je vois où tu voulais en venir... je le vois trop tard ! Je t'admire, tu sais, je t'admire ! Et voilà comment tu interprètes ma franchise, mes regrets. Ah! non... en voilà assez! D'ailleurs, c'est bien fait pour moi, ça m'apprendra à dire la vérité. J'en avais le pressentiment, tout à l'heure. J'entendais une voix qui me criait : « Mais, petite dinde, on n'avoue pas ces choses-là ! Il ne faut jamais avouer ! Les hommes sont incapables de

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