ACTE III, SCENE XI
GERMAINE
Ah! Ah! Lis ton courrier, mon ami...
BRANCOUR.
Tu permets ?
GERMAINE
Gomment donc !
(Sort Anna.)
BRANCOUR, lisant.
Ah ! par exemple !
GERMAINE
Je sais de qui est cette lettre...
Tu ne peux pas t'en douter.
GERMAINE
Si ! Elle est de Colette.
BRANCOUR.
En effet.
GERMAINE
Veux-tu que je te dise ce qu'il y a dedans?
BRANCOUR.
Je serais curieux...
GERMAINE
C'est très simple. (Elle récite en tournant le dos à
Brancour et face au public.) Mon cher ami, Décidément , je ne veux pas faire notre malheur à nous deux et même à nous trois... Je ne vous aitrie pas et vous ne m'aimez pas davantage. Vous aimez votre femme et vous avez bien raison, car elle vaut mieux que 7noi. Je le lui ai dit tout à l'heure. Quant à vous^ vous êtes un brave homme qui n'êtes pas fait pour toutes ces complications... Vous en
arriveriez trop vite à regretter un mouvement de colère et d'orgueil blessé... Je préfère rester votre amie, même de loin. Cordialement à vous, Colette. Ce n'est pas ça à peu près qu'il y a dans la lettre?
BRANCOUR.
Oui, mais elle résume en trois mots sur sa carte : Impossible de ve?iir ce soir gare de Lyon.
GERMAINE
C'est une femme qui ne sait pas développer î Ah ! mon pauvre Julien... tu n'as pas de chance.
BRANCOUR.
Tant pis, je partirai seul... ou j'emmènerai. Tencier !
GERMAINE, chamjeant de loti.
Allons, tiens ! Je veux bien te faire une concession, mais ce sera la dernière. Eh bien, si tu n'es pas un sauvage, c'est avec moi que tu partiras, tu entends ? c'est avec moi !
BRANCOUR.
Oui, n'est-ce pas? et j'emporterai le doute insupportable que tu as été la maîtresse de Le Hercheur !... Et tu crois que je pourrai visiter les musées dans ces conditions-là.
GERMAINE
Mais tu ne peux pas les visiter dans de meilleures conditions.
BRANCOUR.
Vraiment !
GERMAINE
11 t'est arrivé une aventure inespérée, une de ces aventures qui font comprendre la vie... et qui éveillera en toi, simple industriel, le poète qui
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dormait... Tu avais trop de certitude, vois-tu? et, par conséquent, aucune sensibilité. Il te manquait l'inquiétude et le doute, car on n'attache pas de prix au bien dont on est trop sûr... C'est ça, mon ami, qui faisait défaut à notre ménage...
BRANCOUR.
Et maintenant, je ne suis plus sûr de toi et tu n'es plus sûre de moi !
GERMAINE
Parfaitement. Et comme nous n'avons pas cessé de nous aimer, nous serons tenus en éveil... Nous nous méfierons l'un de l'autre, et alors, nous nous méfierons de nous-mêmes, ce qui nous permettra de parvenir très unis et très défiants à une vieillesse avancée.
BRANCOUR.
Ah ! il y a tout de même quelque chose de meilleur dans une bonne certitude, et ce que je donnerais pour l'avoir !
(La, porte de droite s'ouvre. Paraissent Tencier et Hector.)