SCENE X
HÉLÈNE, MADAME ARDOUIN, puis MADEMOISELLE MESSANY.
MADAME ARDOUIN
Ma chère enfant ! Comme je suis heureuse de vous revoir !
(Elle l'embrasse.)
HÉLÈNE
Je regrette que vous ne m'ayez pas prévenue de votre arrivée, ma mère. Je serais allée vous attendre et je me serais occupée de votre installation.
MADAME ARDOUIN
Ne vous inquiétez pas de cela. Je suis descendue chez une amie à moi, madame de Cernoy, que vous avez rencontrée dans le monde... Car vous êtes beaucoup allée dans le monde cet
ACTIJ H, SCENE X
hiver... Oh ! ce n'est pas un reproche. Vous recevez, vous tâchez de vous distraire, vous avez raison... Mais venons au but de mon voyage à
Paris... (Prenant la main d' Hélène el subitement émue.) Ma
chère Hélène, ma chère fille, j'ai une grande et heureuse nouvelle à vous annoncer. J'ai revu mon fils, j'ai revu votre mari.
HÉLÈNE, froidciuenl.
Ah ! il est rentré à Villensel?
MADAME ARDOUIN
Non, pas encore... Il m'avait écrit devenir le rejoindre à Marseille, .l'y suis restée trois jours avec lui... Ah ! que vous ai-je dit, autrefois, ma chère Hélène?... Rappelez- vous mes paroles... Ce n'est qu'un égarement passager. Eh bien ! je ne me trompais pas, j'ai retrouvé Pierre tendre et repentant, tel que mon cœur de mère le souhaitait.
HÉLÈNE
J'en suis heureuse pour vous, madame
MADAME ARDOUIN
Perdez donc cet air glacé que vous prenez sans cesse avec moi, ma chère enfant... C'est une attitude injuste, je vous assure... H n'est pas question de mon bonheur, il est surtout question du vôtre... Oui, du vôtre... Car, écoutez bien ceci. Pierre a complètement rompu avec cette femme, complètement, et toute celte histoire est déjà loin.
HÉLÈNE
Je ne suppose pas, madame, que vous soyez venue m'ofVrir de me réconcilier avec lui ?
MADAME ARDOUIN
Ce n'est pas moi qui vous l'olfre, Hélène. C'est votre mari lui-même.
HELENE
Pierre?... Pierre?... Comment? il ose me proposer ! Il est fou ! il est fou !
MADAME ARDOUIN
Attendez... attendez !... 11 m'a suppliée de faire une démarche auprès de vous... 11 vous demande pardon... Il se conduira désormais avec vous de façon à vous faire oublier ses fautes... Et il vous conjure, Hélène, il vous conjure d'oublier le passé...
HÉLÈNE
Cette prière ne peut pas me toucher, madame. Pierre a quitté sa maîtresse? 11 en prendra une autre. Je ne crois pas à son repentir et je n'y croirai jamais. Si ce repentir eut été sincère, mon mari eut déjà trouvé le moyen de l'exprimer directement.
MADAME ARDOUIN
II ne l'a pas osé par délicatesse, par timidité vis-à-vis de vous!... Mais j'ai la conviction profonde, j'ai la certitude absolue qu'en reprenant la vie commune, vous trouverez en Pierre le compagnon, l'ami, l'époux idéal que nous souhaitons toutes ! En outre nos deux familles si fortement atteintes par le scandale de l'an dernier seraient consolidées. Votre père et moi n'aurions pas une vieillesse pleine de remords, ce qui est une considération pour laquelle je m'adresse à votre cœur. Et vous n'êtes pas sans avoir réfléchi non plus au tort considérable que causerait à votre fille la séparation de son père et de sa mère si elle se prolongeait. Je viens donc chercher, ma chère Hélène, le mot de votre bouche qui vous fera rentrer chez moi , Pierre et vous, ensemble,