ACTE III, SCÈNE IX
ALINE
Je faisais à mon mari des compliments sur vos articles,., mais puisque l'occasion se présente de vous les faire moi-même...
Luct:.
J'en suis infiniment touchée, madame.
ALINE
C'est votre début?... Asseyez-vous, je vous prie.
LUCE, s'asseyunl.
Merci, madame... Oui. ce sont mes débuts... et je n'oublierai jamais que j'en dois l'occasion à monsieur Bourdolle.
BOURDOLLE.
J'ai fait mon devoir de directeur.
LUGE, A Alinr.
H y a tant de femmes de lettres, aujourd'hui, n'est-ce pas, madame? qu'on commence à se méfier un peu.
ALINE
Est-ce que vous nous préparez un ouvrage plus important?
LUGE, souriant.
Hum! j'ose à peine l'avouer. J'ai écrit un livre... un livre sérieux qui va paraître bientôt
ALINE
Un livre sérieux... et sur quoi?
LUGE
Sur l'éducation des jeunes filles.
ALINE
Vous avez des enfants?
LES FAVOniTES
LU ci:.
Non, madame, non...
ALINE
Ah!
(Un instant de silence.)
LUGE
Est-ce que vous étiez, madame, à la répétition générale de ce soir ?
ALINE
Non, je n'avais pas pu accompagner mon mari. Et vous?
LUGE
J'y suis allée un instant.
Qu'est-ce que c'est que la pièce ?
LUGE
Oh ! c'est une de ces pièces qui vous montrent les choses que l'on voit tous les jours, où les acteurs expriment des sentiments naturels et qui ont la prétention de nous amuser. J'ai horreur de ce genre-là.
ALINE
Et quel genre préférez-vous ?
LUGE
Je vous avoue, madame, que je préfère les œuvres douloureuses, poignantes, atroces même, celles qui nous font dire : « Si la vie était comme ça, il vaudrait mieux se jeter à l'eau tout de suite. » Alors, je passe une bonne soirée, et quand je rentre cnez moi et que je songe aux horreurs que je viens de voir, je trouve tout le monde charmant. Ce n'est pas votre avis, madame ?