ACTE V, SCÈNE III
plaindre... Oui, c'est en voyant qu'on ne répondait pas à votre sentiment...
CÉCILE
Je n'ai donné à personne le droit de s'apitoyer sur moi.
GR.VFFARD.
Il aurait fallu être aveugle et n'avoir pas de cœur. Et puis, j'ai désespéré...
CÉCILE
Vous avez eu raison.
Mais, depuis... l'attentat, j'ai repris confiance et j'ai pensé... j'ai pensé que mon rêve pouvait devenir une réalité...
CÉCILE
Et pourquoi, je vous prie?
GRAFFARD
Parce que tout rend maintenant impossible le mariage auquel vous songiez, auquel vous songiez seule, d'ailleurs.
CÉCILE
Que Lazare soit condamné, pour vous cela n'est pas douteux?
GRAFFARD
Pas douteux. Mais admettons qu'il soit acquitté. Il comprendra que sa place n'est plus ici.
CÉCILE
Je ne sais pas, monsieur Graffard, si vous vous
1 80 l'attentat
rendez bien compte du caractère odieux de vos projets.
GRAFFARD
Odieux ?
CÉCILE
Oh ! je ne parle même pas de l'intérêt personnel que vous y trouvez. Il est trop clair que vous avez l'ambition d'entrer dans la famille de mon oncle beaucoup moins en qualité de neveu qu'à titre d'associé.
GRAFFARD
Mais non! je vous aime sincèrement, ardemment...
CÉCILE
Alors, c'est plus abominable encore. Je vais sans doute vous étonner... Je suis fidèle au sentiment que vous avez deviné, que j'avoue, et que rien ne pourra détruire, entendez-vous, rien ! Je n'avais pas vos idées. Je voyais avec peine mon cousin les partager; mais, si je les avais eues, si je les avais manifestées, si j'étais à votre place, enfin, monsieur Graffard, ce n'est pas aujourd'hui que je les renierais.
GRAFFARD
Est-ce bien vous qui me parlez?
CÉCILE
Ah çà! croyez-vous donc que je n'observais pas votre manège?... Votre excuse, à mes yeux, c'est que vous étiez convaincu. Allons donc! Vous ne pensiez, vous aussi, qu'à troubler l'eau pour pêcher dedans. Je ne suis qu'une femme, monsieur Graffard, incapable d'expliquer, de comprendre les principes au nom desquels Lazare prétend