‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 203 sur 272 · ACTE I, SCENK I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENK I

moiselle Valentine, deux excellentes amies à moi. qui brûlent du désir de faire ta connaissance.

MADAME ERNEST

Certes, oui, monsieur... et bien heureuse... bien heureuse...

VALENTIXE.

Mes compliments, monsieur.

FAR.TOLLE

El, moi, mesdames, enchanté, ravi...

// leur serre la main iiendant que Méhmie entre iirec un jilafeaii de fansea. '•

Au revoir... Nous allons déjeuner avec votre permission.

MADAME ERNEST

A bientôt, Emma, à bientôt.

VALENTINE. bas ,i Emrn.-i. en ftorlnnl.

Il est très bien.

EMMA, même jeu. ri.inl.

N'oubliez pas de le dire.

SCEXE IV

EM.MA, FARJOLLE. en déjeunant.

EMMA

Tu sors, ce matin?

FARJOLLE.

J'ai un remlez-vous dans une heure... As-tu envoyé chercher les journaux?

H.')8 <M I PEUn GAGNE

EMMA

Les voici, mon chéri... Est-ce que je te verrai aujourd'hui?

FARJOLLE.

En tout cas, si je ne peux pas remonter cet après-midi, nous dînons ce soir ensemble et nous allons au théâtre. J'aurai une loge.

(Il prend le joiirnnl riiil'ni'nié el le jutrcDiirl.)

Est-ce que ton article a paru?

lARJOLLE.

Oui.

EMMA

Si on m'avait dit un jour que je connaîtrais un journaliste!

EARJOLLE.

Je ne suis pas journaliste. Ne profane pas ce beau nom.

EMMA

Puisque tu écris dans les journaux.

FARJOLI.E.

Je n'écris pas dans les journaux, je te l'ai dit plusieurs fois. Jetais des annonces, des réclames... Je suis courtier de publicité.

EMMA

Ah!

FARJOLLE.

Tu ne comprends pas?

EMMA

Non. Tu devais m'expliquer. Tu n'as jamais le temps.

Acrr: i, sci'cne iv T.'S

1 AIxJOLLE. /(/(' tciniinl le Jmiriiul.

Regarde. Qu'est-ce que tu lis là en grosses

lettres?

i:mma.

Pastilles Bolard. Je connais ça, j'en prends quand je suis enrhumée.

FARJOLLE.

Est-ce que ça te guérit?

EMMA

.Jamais.

FARJOLLE.

Pourquoi continues-tu à en prendre, alors?

EMMA

Dame! je ne sais pas.

FARJOLLE.

Tu continues parce que tu vois « Pastilles Bolard » en grosses lettres, chaque fois que tu ouvres un journal.

EMMA

C'est vrai.

FARJOLLi:.

Et ce phénomène s'appelle la publicité. Ceux qui servent d'intermédiaires entre les fabricants de pastilles et les journaux s'appellent des courtiers de publicité, et ceux qui achètent des pastilles en croyant que ça va guérir leurs rhumes, constituent ie public. Je te donne cet exemple, qui est simple, pour mieux te faire saisir le mécanisme.

EMMA

Et c'est ton métier, ça?

FARJOLLE.

Mon Dieu, oui.

EMMA

Est-ce un bon métier?

FARJOLLE.

Excellent. Seulement, moi, j'en suis à mes débuts et je ne gigne que bien juste ma vie. Mais le petit Vélard, avec qui nous avons soupe plusieurs fois, a gagné trente mille francs cette année-ci.

EMMA

Ce gamin!... c'est épatant!

FARJOLLE.

Ce gamin est un des hommes les plus roublards qu'il y ait sur le pavé de Paris. Et je ne parle pas de gens, comme Moussac, par exemple, qui gagnent deux cent mille francs par an, qui gagnent ce qu'ils veulent...

EMMA

Je n'en reviens pas! Est-ce que tu aimer.iis avoir autant d'argent que ça, toi?

Evidemment, je l'aimerais... mais je n'y compte pas. et je me contenterais de beaucoup moins.

EMMA

De combien te contenterais-tu? Dis-moi un chiffre?

FARJOLLE.

Quelle drôle de question!

EMMA

C'est pour voir si nous avons les mêmes goûts.

ACir r, s(;i;\K iv I^dl

FARJOLLi;.

Voyons... je cherche... Eh bien, si j'arrivais à gagner une douzaine de mille francs par an, je serais très heureux.

EMMA

Exactement le chiffre que j'avais pensé, mon chéri, exactement. Ça, c'est curieux! Et quand tu n'aurais plus l'âge de travailler, qu'est-ce que tu aimerais faire?

1 ARJOLLK.

Me retirer à la campagne.

EMMA, .-te leranl.

Laisse-moi t'ombrasser !

Toi aussi ?

EMMA

C'est mon rêve. En travaillant, c'était toujours à ça que je pensais... Malheureusement, on n'y est pas encore... Ah! la campagne!... Tu es né en province, toi?

FARJOLLE.

A Rouen.

EMMA

Ça ne t'ennuie pas que je t'interroge comme ça? Je suis bien curieuse, peut-être?

FARJOLLE.

Mais non. Ça m'amuse.

EMMA

Nous sommes ensemble depuis un mois. On commence à ne plus être des étrangers.

FARJOLLE.

Tu es très gentille, Emma, très bonne fille.

3(52 OUI im:iu) cagnk

EMMA

Je te plais?

FARJOLLE.

Beaucoup.

EMMA

A ton idée, ça durera-t-il longtemps?

Je le crois.

EMMA

Très longtemps?

FAR.TOLLE

C'est bien possible.

E.M.ALV.

Toujours?

FARJOLLE.

On ne sait pas,

E>LMA.

Et pourquoi as-tu quitte' Rouen?

FARJOLLE.

Pour venir achever mes études de médecine à Paris.

EMMA

Tu es donc médecin ?

FARJOLLE.

Pas tout à fait, parce que je nai pas eu assez d'argent pour aller jusqu'au bout. Alors, j'y ai renoncé et j'ai fait un tas de métiers. J'ai été employé de commerce, j'ai tenu des écritures, j'ai fait des copies, j'ai été secrétaire d'un député, j'ai donné des leçons...

Mon pauvre chéri... Tu as dû la battre, la dèche !

FARJOLLE.

La moitié du temps, je me trouvais sans emploi

A<:i i: 1, SCI \K i\ 303

et je me traînais dans Paris en cherchant de quoi dîner le soir. J'allais voir quelqueîois vingt personnes avant de mettre la main sur une pièce de cent sous. Je demeurais dans des garnis d'oii on m'expulsait tous les huit jours parce que je ne payais pas mon loyer. Je laissais ma carte au patron en lui disant : « Je vous réglerai plus tard. » Et d'ailleurs, j'ai re'glé beaucoup de petites dettes de ce temps-là, pas toutes, naturellement, mais ça viendra. Tout ea a duré dix ans, pendant lesquels je ne me suis pas réveillé dix fois en ayant un louis dans ma poche. Enfin, l'année dernière, j'ai fait la connaissance de Vélard, qui m'a procuré quelques affaires de publicité. J'ai appris un peu le métier. De tous ceux que j'ai faits jusqu'à présent, c'est celui qui me convient le mieux. On est tout le temps en courses, en chasse, à la poursuite des clients... Il y a des déboires, mais c'est amusant tout de môme.

EMMA

Il y a des fois où tu n'as pas dîn(\ je parie?

FARJOLLE.

Ce qui était le plus ennuyeux, c'est quand je ne dînais pas les jours où je n'avais pas déjeuné non plus. Et puis, tout de même, le lendemain, on rencontrait un camarade qui vous emmenait au restaurant, ou bien on gagnait quelques sous. Paris finit toujours par vous nourrir... Seulement, quelquefois, il n'y pense pas : alors, il faut attendre.

C'est ça qui t'a formé le caractère insouciant que tu as?

FAmOLLE.

Ce doit être ça.

304 on PEIID GAGNE

EMMA

Enfin, me voilà un peu au courant de ta vie. Ce n'est pas trop tôt... (Coup de sonnette.) Tiens, quelqu'un !

FARJOLLE.

Pourvu que ce ne soit pas...?

EMMA, riant.

Un de tes créanciers?... Comment te trouverait-il ici?

FARJOLLE.

C'est que j'en ai rencontré un hier, justement. Il ma peut-être fait suivre.

(Entre Mêlante avec une carte.) xMÉLAME.

Pour monsieur.

FARJOLLE.

Non, c'est Vélard... (A Emma:) Vélard.

EMMA, à Mélanie.

Faites-le entrer tout de suite.

Il n'y a qu'à lui que j'ai donné ton adresse.

EMMA

Tu as joliment bien fait, mon chéri.

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