‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 3)Chapitre 266 sur 272 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Les Mêmes, moins EMMA.

VÉRUGNA.

Charmante enfant! Beaucoup de cœur!

BRASIER

Tu as toujours eu un faible pour elle !

VttO (,H I PEltD GAGNE

VKRUGNA.

A quoi vois-tn (:a?

BRASIER

Elle est la seule femme de notre entourage dont tu ne m'aies jamais dit : « C'est la dernière des grues! »

VÉRUGNA.

On tâchera de faire quelque chose pour elle... Sacré Farjolle! jamais je n'aurais cru qu'il serait si tôt que ca. sous les verrous!

VÉLARD.

Je trouve que l'on a été bien sévère pour lui !

BRASIER

C'est dégoûtant !

Je crois connaître l'affaire, et je trouve que l'on a été bien sévère en arrêtant Farjolle.

BRASIER

C'est inouï ! On n'a plus aucun égard pour la finance !

VÉLARD.

Nous serrons tous les jours la main à des gens qui ont fait autrefois pis que Farjolle et qui sont encore en liberté. Je ne veux nommer personne.

BRASIER

Sélim, par exemple... et Stingaud, Bachelard, Strimann... notre ami Steck, notre vieux camarade Moussac... Brohl, etc.. Mais ne désespérons pas de les voir sous clef... Ce plaisir nous sera peut-être réservé pour nos vieux jours !

wt

VliLARD.

Vous êtes trop dur, Brasier. On voit bien que vous n'êtes pas dans les affaires, .le vous assure que l'arrestation de Farjolle est déplorable pour nous tous.

VKRUGNA. assis.

Vélard a raison. Et afin d'empêcher l'opinion de s'égarer, je serais d'avis de rédiger tout de suite une petite note qui paraîtra dans l'édition de quatre heures...

BRASIKR.

l ne note sur l'arrestation de Farjolle? Mais ça n'en vaut pas la peine!

VÉLARD.

Je suis de l'avis de monsieur Vérugna. D'abord, je suis sûr que cela fera plaisir à Farjolle de voir que ses amis de /'Informé ont pensé à lui.

BRASIER

Je me demande comment vous allez rédiger ça!

VKRUGXA.

Mais tu vas voir, c'est très simple... Ecrivez,

Vélard. < Vélard va s'asseoir au bureau. Vérugna se promenant.) Euh ! vous y êtes?... Bon. « Notre excellent confrère, monsieur Farjolle, a été arrêté hier... »

BRASIER

Tu es idiot! Cette note-là, c'est pour un homme décoré de la Légion d'honneur !

VÉRUGXA.

Peut-être... Mais que dis-tu de ceci : « Un Parisien bien connu dans le monde des cercles et de la Bourse, monsieur Farjolle. »

î-02 iiii i'i:iu> fiAf.NE

VÉLARD.

Très bien, patron.

BRASIER

C'est encore plus bête! Farjolle n'était pas bien connu, voyons!

VKLAHD.

Mais si... mais si! .le prétends que Farjolle était un homme bien connu ! Il allait à toutes les premières...

VKRUGXA.

Dans ma loge.

VELARD.

Cherchez dans la collection de l'Informé, vous trouverez tout le temps : « Remarqué parmi les assistants, messieurs Brasier, Farjolle, etc.. etc.. »

BRASIER, à Vt^riiçimt.

Je t'interdis dorénavant de mettre mon nom dans ton journal !

VKRl'GNA.

Enfin, comment annonce-t-on cette nouvelle?

VKLARD.

Si vous permettez, patron, je crois que j'ai trouvé la formule... di écrit en puriani.i « Le directeur du journal la Sincérité Financière ,in.oxis\(î\\v Farjolle, a été mis provisoirement en état d'arrestation. Une instruction est ouverte... Monsieur Farjolle était un Parisien bien connu dans le monde des cercles et de la Bourse, où il comptait de nombreuses sympathies... »

VKRUC.XA.

Bravo, Vélard ! Voilà qui est gentil, convonnbh',

Acrt; i\, SLi:Nt; viii 'iîl3

litléraire, et qui ne dépasse pas la mesure. Tu ne trouves pas, Brasier?

BRASIER

Oui, parce que ça, au moins, ça ne se discute pas, c'est complètement stupide.

VÉRUGNA, à Vélard.

N'écoutons pas cette brute ! Portez tout de suite cette note au journal, mon petit.

VliLARD.

Oui. patron... Je me dépêche...

// serre lex mains cl sort en coiirunl.

Page 1