ATTENTAT
MONTFERUAX.
Je le deviens... Mais ce que tu me dis là, Marcelle, n'en est pas moins vrai et d'un bon sens cliarmant, dun bon sens de femme... Oui... oui... tu as raison et il n'y a pas à se le dissimuler... on ne me prend pas assez au sérieux. Que de ibis j'ai senti ça, rien qu'à la façon dont certains de mes amis politiques me demandent des nouvelles des premières représentations ! A la Chambre, on me parle théâtre, beaux-arts. Pour parler politique, il faut que j'aille à l'Opéra... J'ai un de mes collègues qui ne m'adresse jamais la parole qu'en ces termes: «Vous, Montferran, qui avez trois cent mille francs de rente!... » D'autres s'intéressent à ma galerie de tableaux, à mes collections... Et pourtant, je suis un homme politique, je le sens.
MARCELLE
A quoi ?
MONTFERRAN.
Aux commissions dont on me charge, d'abord. Je me sens pousser de l'influence comme l'oiseau doit se sentir pousser des ailes. Mais, pour prendre mon essor, pour donner ma mesure, toute ma mesure, j'ai besoin d'être réélu, comprends-tu ? Et ma situation électorale est très menacée dans mon arrondissement.
MARCELLE
Ça ne m'étonne pas.
MOXTEEHIUX.
Je suis suspect à beaucoup de socialistes à cause de ma fortune, et suspect aux républicains moins avancés à cause de mes opinions socialistes.
ACTi: II, SCliNK V
^rAUCKLLK.
Tu es suspect à bien des gens.
MONTFERR.VN.
Disons le mot: ma situation est fausse. Et j'ai toutes les chances d'être battu, avec la faible majorité que j'ai obtenue aux dernières élections,
MARCELLK.
Alors, que vas-tu faire ?
MOXTFERRAN.
Je vais changer d'arrondissement et me présenter dans celui-ci où ma candidature a déjà beaucoup de partisans... surtout depuis Fannonce de ces conférences, qui fait un bruit énorme. On en parle dans tous les journaux. Seulement, tu sais ^e que c'est que les polémiques, et principalement les polémiques électorales. On commence à fouiller dans ma vie privée. Demain peut-être notre séparation, qui s'est accomplie sans scandale, sera connue, racontée, Dieu sait avec quels commentaires!... Tu vois par làdessus l'effet de notre divorce. Je t'ai donné tout à l'heure, contre ce divorce, des raisons sentimentales. Certes, ce sont les plus importantes. Il y en a d'autres, plus égoïstes, je ne dis pas non, mais qu'une femme comme toi est capable d'apprécier et de me pardonner. Je suis franc.
MARCELLE
Cette fois-ci, oui... (Un temps.) Je ne veux pas augmenter les difficultés, les pièges et les incohérences au milieu desquels tu te débats. C'est bien, nous ne divorcerons qu'après les élections. J'espère que tu seras réélu.