SCENE VI MAURICE, MARIANNE
Ils sont partis?
MAURICE
Oui, je viens de les mettre en voiture.
MARIANNE
Et ma mère?
MAURICE
Ta mère écrit des lettres.
MARIANNE
Nous sommes seuls?
MAURICE
Oui.
MARIANNE
Qu'as-tu décidé?
MAURICE
Voici, Marianne... et je l'ai décidé sans colère contre; toi, sois-en bien convaincue. Tout à l'heure, je t'ai injuriée, j'ai failli te frapper... Maintenant, j'examine la situation avec autant de sangfroid que je peux...
MARIANNE
Oh ! tu es très bon.
MAIIRICK.
Je ne suis pas un monstre et j'aurais honte de me venger de toi, malgré le mal que tu m'as fait.
280 L'ADVEUSAinE
MARIANNE
Je souffre cruellement aussi, je te le jure.
MAUUICK.
En ell'et, tu n'es pas devenue tout à coup une femme sans conscience, aussi je vais tâcher de te faire payer ta faute le moins cher que je pourrai. Je ne veux pas texposer à la calomnie, aux médisances, à la perfidie de tout ce monde qui ne demande qu'à se ruer sur toi. Si je me battais demain, tu serais déchirée.
MARIANNE, arec un rchil de joie.
Tu ne te battras pas?
MAURICE
C'est un côté de la question qui me reg^arde seul; n'en parlons pas. Voici ce qu'il faut faire : tu partiras demain, avec ta mère, sous prétexte de ta santé. Justement, elle te trouve un peu pâle, ça va très bien. Et quand vous serez seules toutes les deux, tu lui diras que nous nous séparons... Inutile, bien entendu, de lui avouer la vraie raison... Donne-moi tous les torts, invente ceux que tu voudras... oh! ça m'est égal!... Le divorce sera prononcé en ta faveur. A ce moment-là, le monde, noire monde à nous, s'occupera déjà d'autres aventures et d'autres scandales... Et tu redeviendras libre d'une façon élégante et convenable.
MARIANNE, après un temps.
Oui... ce que tu as décidé est irrévocable, je le sens...
MAURICE, — un temps.
Oh ! irrévocable.
MARIANNE. — un len\ps.
Ah! Et tu ne veux pas me laisser le plus fragile espoir, le plus lointain, que tout, peut-être, n'est pas fini entre nous?