‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 275 sur 289 · ACTE III, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE VI

Je ne sais pas, ma chère Louise, s'il y a de l'ironie dans vos paroles. Quant à moi, je vous jure que je n'ai aucune arrière-pensée. Je sens que monsieur Piégois ne reviendra jamais chez nous tant que je n'aurai pas fait cette démarche auprès de lui, et après l'inoubliable service qu'il nous a rendus, il mérite que je la fasse. Voilà pourquoi je vous ai accompagnée ce soir ici, ma chère Louise, pas pour autre chose.

MADAME JANTEL.

Vous n'avez pas besoin de tant insister. Je vous laquine bien quelquefois à propos de Piégois, mais sans mauvaise intention, je vous assure. Je ne partage pas du tout l'opinion de ceux de nos amis qui prétendent que vous l'aimez comme une folle...

HENRIETTE

Moi!... On dit?

MADAME JANTEL.

On le dit, et on me le dit. Mais je réponds que vous avez au contraire pour Piégois une aversion véritable. C'est bien cela, n'est-ce pas?...

(Madame Janlel. après un assez lonr/ silence d'Henriette, changeant de ton et lui prenant les mains.) Ma paUVrC Henriette!... Quelle lutte insensée vous soutenez contre votre propre cœur !

HENRIETTE

Ah ! Louise, Louise! vous voulez donc me forcer à avouer que je suis malheureuse! et troublée! et bouleversée! Et que mes chères idées d'autrefois étaient celles d'un enfant pas encore entré dans la réalité! J'ai vu depuis à quoi tenaient la probité, l'honneur, et j'ai compris qu'à l'origine de toutes les fortunes, il y a peutêtre les mômes impuretés et les mêmes scan-

MONfilEI n PIKr.OIS

dales... Si j'avais su cela plulot, j'aurais fait comme tout le monde, comme tous ces gens qui sont là, tenez, qui dansent et qui s'amusent, mêlés les uns aux autres, ne suivant que leurs désirs et ne cherchant que la joie, et j'aurais pris tout de suite l'homme que j'aime... oui, Louise, c'est vrai, l'homme que j'aime, sans me soucier de sa condition et de ses vertus. Je suis punie de ma naïveté et de mon ignorance de la vie. Et maintenant, il est, trop tard.

MADAME JAXTEL.

Mais non, ma pauvre amie, il n'est pas trop tard ..

HENRIETTE

Je lui ai dit des mots qui nous séparent à jamais.

MADAME JAXTEL.

Vous attachez beaticoup trop d'importance à ces mots-là, et en général à une foule de choses, permettez-moi de vous le dire. En tout cas, dans la situation où vous êtes aujourd'hui, monsieur Piégois et vous, vous ne pouvez pas éviter une explication, une sérieuse et loyale explication. Ayez-la donc le plus tôt possible, et ce soir même, puisque l'occasion s'en présente, ça vaudra mieux à tous les points de vue. Nous étions venues toutes les deux inviter Piégois à dîner, invitez-le toute seule... Tenez, j'aperçois Lebrasier qui lui dit que nous sommes ici. Je vous laisse; je vais chercher mon mari...

llEiNKIETTE.

Lmise, je vous en prie...

MADAME JANTÈL.

A tout à l'heure, à tout à l'heure...

(Elle sort à droile. luissunl seule un inslanl Jlenrielle. Enlve Piéijuis pur le fond.)

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