‹ Théâtre complet. Vol. 1-8 (volume 4)Chapitre 276 sur 289 · ACTE m, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE VII

SCÊAE VII HENRIETTE, PIÉGOIS.

HENRIETTE, sur un ç/este trétonneinent de Pléyois qui la salue.

C'est moi, oui, monsieur. Mon frère m'a appris l'association que vous avez contractée. Je sais aussi tout ce que nous vous devons. Si! si! je sais ce que vous avez fait et ce que vous avez risqué. Sans vous, mon frère était perdu, et c'eût été pour moi une douleur bien cruelle. Je ne veux pas pénétrer au fond des sentiments qui vous ont fait agir, je ne veux voir que le résultat et vous en exprimer ma très vive gratitude.

PIEGOIS, sèchement.

Je vous en prie, madame... c'est inutile» Je suis un homme d'argent, un homme d'affaires. Je n'ai consulté que mon intérêt,

lIENlilETTE.

Non, monsieur... Mais peu importe. Je n'aurais pas été en paix avec moi-même si je n'avais pas fait cette démarche auprès de vous. Nous allons nous rencontrer souvent, et il faut effacer, n'est-ce pas, avec de la loyauté, de la franchise, les paroles violentes que nous avons i)rononcées l'autre jour. Je comprends maintenant la colère qui vous a saisi. Elle m'avait révoltée, elle me semblait une ven^'eancc de mon refus, une vengeance brutale et indigne. J'ignorais ce qui s'était passé entre mon frère et vous; je reconnais que j'ai été trop loin, moi aussi. J'ai eu tort... Oh! j'ai eu tort... Jai dos idées, ou plutôt, liélas ! j'avais des

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idées trop absolues, trop rigoureuses. Je vivais dans un rêve que je regrette un peu, je ne vous le cache pas. J'avais bien éprouvé des douleurs, de l'angoisse, mais je n'avais jamais vu de drame réel éclater autour de moi. Oui... oui... En etlet, il y a l'imprévu... Me voilà devenue plus raisonnable, plus indulgente. Oublions donc, moi, votre emportement, vous, ce que j'ai pu dire d'excessif et d'injuste.

PIKGOIS.

Je n'ose pas vous promettre d'oublier aussi facilement que vous. Votre rencontre a été dans ma vie un trop gros événement; il m'a fallu, pour renoncer à vous, pour m'avouer à moi-même que j'étais décidément indigne de vous, un trop énergique eil'ort de volonté... Oh! ça été très dur... J'ai passé par toutes les phases, j'ai envisagé toutes les combinaisons avant d'en arriver là, même celle de vous épouser un jour, en profitant de l'espèce de reconnaissance que votre famille a pour moi. Mais c'était trop loin du rêve que j'avais fait... Non! non! nous valons l'un et l'autre mieux que ça... Alors, il ne me restait qu'une ressource : essayer de me guérir peu à peu, heure par heure, par le travail, par la banalité de la vie, par l'absence de secousses et d'émotions... Et voilà pourquoi j'ai pris une résolution... assez grave que je vais annoncer ce soir môme à monsieur Jantel.

HENRIKTTE.

Ah !... (Un temps.) Et cette résolution?

PIKGOIS.

Oh! mon Dieu, je n'ai aucune raison de vous la cacher. J'épouse mon amie... cette personne que vous avez rencontrée déjà quelquefois.

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