DON PEDRE, ACTE IV, SCÈNE II
Comme lui ressort puissant avec art préparé, Qu'un maître industrieux fait mouvoir à son gré. Dans l'Europe aujourd'hui tu sais comme on les
[nomme; Charle a le nom de sage, et Guesclin de grand hom-
[me.
Et qui suis-je auprès d'eux, moi qui fus leur vainqueur?
Je pourrais des Français punir l'ambassadeur, Qui, m'osant outrager, à ma foi se confie. Plus d'un roi s'est vengé par une perfidie; Et les succès heureux de ces grands coups d'État Souvent à leurs auteurs ont donné quelque éclat: Leurs flatteurs ont vanté cette infâme prudence. Ami, je ne veux point d'une telle vengeance. Dans mes emportements et dans mes passions, Je respecte plus qu'eux les droits des nations. J'ai déjà sur Guesclin ce premier avantage; Et nous verrons bientôt s'il l'emporte en courage. Un Français peut me vaincre et non m'humilier. Je suis roi, cher ami, mais je suis chevalier; Et si la politique est l'art que je méprise, On rendra pour le moins justice à ma franchise. Mais surtout Léonore est-elle en sûreté?
MENDOSE.
Vous avez donné l'ordre, il est exécuté. La garde castillane est rangée auprès d'elle, Prête à fondre avec moi sur le parti rebelle ; Aux portes du palais les Africains placés En défendent l'approche aux mutins dispersés; Vos soldats sont postés dans la ville sanglante; Toute l'armée enfin frémit, impatiente, Demande le combat, brûle de vous venger Du lâche Transtamare et d'un fier étranger.
DON PÈDRE
Je n'ai point envoyé Transtamare au supplice.... Mon épée est plus noble et m'en fera justice. Sous les yeux de Guesclin je vais le prévenir: Va, c'est dans les combats qu'il est beau de punir... Je regrette, il est vrai, dans cette juste guerre, Ce fameux prince Noir, ce dieu de l'Angleterre, Ce vainqueur de deux rois, qui meurt, et qui gémit, Après tant de combats, d'expirer dans son lit. C'eût été pour ma gloire un moment plein de char- De le revoir ici compagnon de mes armes, [mes, Je pleure ce grand homme, et don Pèdre aujourd'hui,
Heureux ou malheureux, sera digne de lui
Mais je vois s'avancer une foule étrangère, Qui se joint, sous mes yeux, aux drapeaux de l'Ibè- Et qui semble annoncer un ministre de paix : fre, C'est Guesclin qui s'avance au gré de mes souhaits. Ami, près de ton roi prends la première place. Voyons quelle est son offre et quelle est son audace.