SCÈNE II
DON PÈDRE se place sur son trône; MENDOSE à côté de lui, avec quelques GRANDS d'Espagne; GUESCLIN, après avoir salué le roi, qui se lève, s'assied vis-à-vis de lui. Les GARDES sont derrière le trône du roif et des OFFICIERS FRANÇAIS derrière la chaise de Guesclin.
GUESCLIN
Sire, avec sûreté je me présente à vous, Au nom d'un roi puissant de son honneur jaloux, Qui d'un vaste royaume est aujourd'hui le père, Qui l'est de ses voisins, qui l'est de votre frère, Et dont la généreuse et prudente équité N'a fait verser de sang que par nécessité. J'apporte, au nom de Charle, ou la paix ou la guer- Faut-il ensanglanter, faut-il calmer la terre? [re. C'est à vous de choisir : je viens prendre vos lois.
DON PÈDRE
Vous-même expliquez-vous, déterminez mon choix. Mais dans votre conduite on pourrait méconnaître Cette rare équité de votre auguste maître, Qui, sans m'en avertir, dévastant mes États, Me demande la paix par vingt mille soldats. Sont-ce là les traités qu'à Vincenne on prépare?
(Il se lève; Guesclin se lève aussi.) De quel droit osez-vous m'enlever Transtamare ?
GUESCLIN
Du droit que vous aviez de le charger de fers. Vous l'avez opprimé, seigneur, et je le sers.
DON PÈDRE
De tous nos différends vous êtes donc l'arbitre?
GUESCLIN
Mon roi l'est.
DON PÈDRE
Je voudrais qu'il méritât ce titre ; Mais vous, qui vous fait juge entre mon peuple et guesclin. moi?
Je vous l'ai déjà dit : votre allié, mon roi, Que votre père Alfonse, en fermant la paupière, Chargea d'exécuter sa volonté dernière ; Le vainqueur des Anglais, sur le trône affermi ; Et quand vous le voudrez, en un mot, votre ami.
DON PÈDRE
De l'amitié des rois l'univers se défie ;
Elle est souvent perfide, elle est souvent trahie.
Mais quel prix y met-il?
guesclin.
La justice, seigneur.
DON PÈDRE
Ces grands mots consacrés de justice, d'honneur, Ont des sens différents qu'on a peine à comprenguesclin. [dre.
J'en serai l'interprète, et vous allez m'entendre. Rendez à votre frère, injustement proscrit, Léonore et les biens qu'un père lui promit, Tous ses droits reconnus d'un sénat toujours juste, Dans Rome confirmés par un pouvoir auguste ; Des états castillans n'usurpez point les droits;